José Guirao

Exposition du 2 au 31 mai 2024
Dessins – crayons couleur

A la librairie de la Halle Saint Pierre – entrée libre

Présentation par Bruno Montpied
Artiste, collectionneur et critique d’art

José Guirao, originaire d’Arles, et issu de parents espagnols, s’est mis au dessin avec assiduité et acharnement assez récemment, vers 2015, d’abord en noir et blanc, suite à des problèmes de santé. Mais, comme il l’a écrit, il dessinait déjà un peu, dans sa jeunesse, puis par intermittence les années suivantes. Son expression favorite, parallèlement, était davantage la photographie à laquelle il s’appliquait sans la moindre formation mais avec un sens esthétique affirmé. Il a longtemps gagné sa vie comme animateur du périscolaire à la Ville de Paris.

Ses dessins actuels sont généralement exécutés au format 50 x 65 cm sur papier. Il utilise essentiellement les crayons de couleur. Il s’agit pour lui de bâtir des compositions mettant en scène, dans un ordre en apparence aléatoire, un vocabulaire d’objets limité, petites maisons que l’on dirait issues d’un jeu de Monopoly, têtes de mort, ossements, serpents, oiseaux, poissons, petites voitures, personnages larvaires… Les têtes ont des expressions parfois endormies, stupéfaites, voire hébétées, comme si ceux qui les portaient étaient la proie d’une intense angoisse ‒ peut-être devant leur propre finitude ?
(Du même auteur « José Guirao, dessinateur par réaction vitale » dans Création Franche n°42 – Bégles, juin 2015).

Impressions de Régis Gayraud,
Universitaire slaviste, écrivain, collectionneur et amateur d’art singulier

José Guirao vit dans un quartier de Paris plutôt disgracieux, mais depuis sa tour, il voit toute la ville. Je suis allé chez lui et j’ai aimé, sitôt passé le seuil de sa porte, la douceur inattendue de cet appartement, et sa grande table de ferme flanquée de bancs qui vous invitent à boire le vin du Sud. Sur cette table, il m’a montré ses œuvres tandis que la radio déversait l’ouverture de Tannhauser. Certains dessins avaient une géométrie de tapis berbères. Le premier sautait aux yeux avec une évidence de blason jailli de l’inconscient : quatre animaux noirs veillaient deux osselets sur fond d’or, étirant leurs extrémités tels les plombs d’un vitrail saturé de maisonnettes toutes identiques, rangées comme des phobies grises dans un cerveau obsessionnel. Ensuite surgirent poissons, oiseaux, lézards, puis des hybrides d’humains et de poulpes, et même des matriochkas. Cela sur des fonds somptueux, dessinés au stylo-bille à petits traits croisés tissant des trames serrées, ou par à-plats de couleurs bien tempérées. José dessine sur un arrière-plan musical, s’abandonnant au choix des programmateurs de France-Musique, station qu’il met fort à l’autre bout de l’appartement, ouvrant toutes les portes pour que le son l’envahisse, qu’il soit jazz, classique, baroque… C’est ainsi que José ouvre grand son espace, chasse les idées noires et dirige l’orchestre des couleurs, là-haut dans sa tour comme une vigie dressée par-dessus notre grisaille.  

 Régis Gayraud

José Guirao

Exposition du 1er au 31 mai 2024
Dessins – crayons couleur

Halle Saint Pierre –  à la librairie

Présentation par Bruno Montpied,
Artiste, collectionneur et critique d’art

José Guirao, originaire d’Arles, et issu de parents espagnols, s’est mis au dessin avec assiduité et acharnement assez récemment, vers 2015, d’abord en noir et blanc, suite à des problèmes de santé. Mais, comme il l’a écrit, il dessinait déjà un peu, dans sa jeunesse, puis par intermittence les années suivantes. Son expression favorite, parallèlement, était davantage la photographie à laquelle il s’appliquait sans la moindre formation mais avec un sens esthétique affirmé. Il a longtemps gagné sa vie comme animateur du périscolaire à la Ville de Paris.

Ses dessins actuels sont généralement exécutés au format 50 x 65 cm sur papier. Il utilise essentiellement les crayons de couleur. Il s’agit pour lui de bâtir des compositions mettant en scène, dans un ordre en apparence aléatoire, un vocabulaire d’objets limité, petites maisons que l’on dirait issues d’un jeu de Monopoly, têtes de mort, ossements, serpents, oiseaux, poissons, petites voitures, personnages larvaires… Les têtes ont des expressions parfois endormies, stupéfaites, voire hébétées, comme si ceux qui les portaient étaient la proie d’une intense angoisse ‒ peut-être devant leur propre finitude ?
(Du même auteur « José Guirao, dessinateur par réaction vitale » dans Création Franche n°42 – Bégles, juin 2015).

Impressions de Régis Gayraud,
Universitaire slaviste, écrivain, collectionneur et amateur d’art singulier

José Guirao vit dans un quartier de Paris plutôt disgracieux, mais depuis sa tour, il voit toute la ville. Je suis allé chez lui et j’ai aimé, sitôt passé le seuil de sa porte, la douceur inattendue de cet appartement, et sa grande table de ferme flanquée de bancs qui vous invitent à boire le vin du Sud. Sur cette table, il m’a montré ses œuvres tandis que la radio déversait l’ouverture de Tannhauser. Certains dessins avaient une géométrie de tapis berbères. Le premier sautait aux yeux avec une évidence de blason jailli de l’inconscient : quatre animaux noirs veillaient deux osselets sur fond d’or, étirant leurs extrémités tels les plombs d’un vitrail saturé de maisonnettes toutes identiques, rangées comme des phobies grises dans un cerveau obsessionnel. Ensuite surgirent poissons, oiseaux, lézards, puis des hybrides d’humains et de poulpes, et même des matriochkas. Cela sur des fonds somptueux, dessinés au stylo-bille à petits traits croisés tissant des trames serrées, ou par à-plats de couleurs bien tempérées. José dessine sur un arrière-plan musical, s’abandonnant au choix des programmateurs de France-Musique, station qu’il met fort à l’autre bout de l’appartement, ouvrant toutes les portes pour que le son l’envahisse, qu’il soit jazz, classique, baroque… C’est ainsi que José ouvre grand son espace, chasse les idées noires et dirige l’orchestre des couleurs, là-haut dans sa tour comme une vigie dressée par-dessus notre grisaille.  

 

                                                                                                                                 

Victor SOREN

HEY! modern art & pop culture
présente
Victor SOREN
Anatomie de la rupture
Exposition du 12 mars au 5 mai 2024
Galerie du bas – entrée libre

 

NOTICE BIOGRAPHIQUE

VICTOR SOREN (né à paris en 1967) n’a pas suivi de formation académique ; il a grandi au Pouliguen, un petit port de pêche breton. Après une scolarité médiocre, il est admis à l’Ecole des Beaux-Arts de Nantes qu’il fuit presque immédiatement. Il qualifie cette expérience      d’« absolument détestable et parfaitement inutile ». Dès lors, il s’enferme dans une maison familiale à Nantes. Chaque nuit, il dessine d’un geste obsessionnel. Il ne fréquente pas le milieu artistique et ne montre jamais ses dessins. Subsistant grâce aux minimas sociaux, il exerce divers petits boulots – ouvrier, plongeur, manœuvre, éboueur… En 2006, il se fixe à Paris et découvre dans un Salon du dessin une œuvre de l’artiste d’art singulier Louis Pons (1927-2021) représentant un grand rat traversant la ville dans la nuit. Subjugué, Soren s’identifie totalement. Il rencontre à cette occasion la galeriste Béatrice Soulié. S’ouvre un nouveau chapitre de son parcours où il accepte de montrer son travail. En 2016, Soren met au point une technique originale de dessin exécuté à la pierre noire sur Mylar teinté, au verso, au brou de noix, et décide de s’y dédier entièrement. « Je ressens une passion pour Goya. Vermeer m’émerveille. Les images de Alfred Kubin me fascinent. J’ai beaucoup appris de Rodolphe Bresdin. Et bien sûr de Rembrandt, Bruegel l’Ancien, Jérôme Bosch, Joachim Patinier (…). Mais c’est le cinéma expressionniste qui a exalté en moi une nécessité de créer. Les oeuvres « Nosferatu », « Freaks », « L’Aurore », « Metropolis », « Le Cabinet du Docteur Caligari » (…) constituent mes plus grandes exaltations artistiques, et furent mes influences les plus marquantes.» 

Victor Soren vit et travaille dans un village des Côtes-d’Armor. Son œuvre est exposée, notamment à la galerie Béatrice Soulié, en musée, centre et foire d’art a intégré de nombreuses collections.

L’artiste est représenté dans cette exposition par HEY! modern art & pop culture.

Éditions Voix de Garage

EXPOSITION
Du 1er au 29 févier 2024

Les Editions Voix de Garage présentent une sélection des artistes du catalogue

Halle Saint Pierre
– à la librairie (entrée libre)

Les Éditions Voix de Garage est une maison d’édition typographique artisanale et indépendante née en 2014 sous l’impulsion de l’écrivain et libraire Vincent Guillier. De la production jusqu’à la diffusion, Voix de Garage maîtrise le processus de publication de livres de A à Z. Les ouvrages sont uniquement composés au plomb mobile, imprimés et façonnés à la main, en général à très faible tirage.

 

 

Franck Strippe

EXPOSITION
D’HOMMAGE ET INTÉRÊT
œuvres graphiques de Franck Strippe
 du 1er au 31 mars 2024 

Halle Saint Pierre – à la librairie (entrée libre)

Projections

Afin de clôturer l’exposition 
AUX FRONTIERES DE L’ART BRUT
Nous avons le plaisir de vous convier à la projection de deux films sur les artistes :
Patrick NAVAÏ & Roger LORANCE

Dimanche 25 février 2024, à 15h – entrée libre

Halle Saint Pierre – à l’auditorium
Réservation recommandée : 01 42 58 72 89

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Partenaire — 40BraidsPatrick NAVAÏ
AVANT PREMIERE
« Grands sont les yeux d’un père mort ».

Documentaire | 31’ | France-Allemagne-Iran | 2023. Réalisé par Afsaneh Salari, sur l’art et vie de Patrick Navaï et sa famille.
Produit par Afsun Moshiri.

Ce film a été réalisé dans le cadre d’un projet collectif intitulé « Iran, a sense of Place” sous la supervision du réalisateur allemand Wim Wenders et en collaboration avec sa fondation à Berlin. Le film a déjà eu sa première mondiale au festival documentaire de Copenhague au Danemark et a depuis circulé dans nombreux festivals dans le monde entier.

Patrick Navaï – 1955, Paris

Patrick Navaï, est un peintre et poète d’origine franco-iranienne qui a vécu sa jeunesse à Sarcelles. C’est en pratiquant l’école buissonnière qu’il fait la rencontre de la poésie dans les étagères de la bibliothèque. Il obtient ensuite son baccalauréat, puis part voyager en Iran, en Turquie, en Grèce et au Maroc. Une période intense d’écriture et de peinture, si bien qu’en 1980 un prix de la Ville de Paris lui est décerné pour son œuvre graphique Apocalypse. Patrick NaReyvaï  a fait du voyage et des migrations sa thématique privilégiée. Il a fondé en 2001 Migraphonies, revue des littératures et musiques du monde. En 2014 il cofonde la revue Transpercer avec Daniel Besace et Francine Chatelain aux Editions Carnets-Livres et rejoint en 2015 le comité de rédaction de la revue Les Nouveaux Cahiers Pour la Folie. Il a animé divers ateliers d’écriture à Paris, au Centre de Gériatrie de l’Hôpital Bretonneau dans le 18ème ainsi qu’à Corbeil-Essonnes au sein d’un CATTP, à la Bibliothèque du Centre Pénitencier de Joux la Ville dans l’Yonne et dans des écoles primaires de Paris. Il a travaillé dans divers maisons d’éditions ( Alain Moreau, Editions techniques et Juridiques, Nathan ) ainsi que comme instituteur ZIL en Seine Saint-Denis. Il a travaillé également au journal de La Poste puis comme régisseur à L’Orchestre Diaphonie. Sa poésie a fait l’objet de plusieurs Mémoires de Master de l’Université Azad de Téhéran en Iran et de La Faculté de Sousse en Tunisie ( deux de ses recueils ont été traduits en persan aux Editions Payam Rey).

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Roger Lorance : "Je voudrais bien un peu de notoriété avant de mourir quand même !"Roger LORANCE (1925-2018)

« Roger Lorance, peintre oniro-symboliste, ouvre son atelier »

Visites à Roger Lorance en sa maison de Villeneuve-lès-Avignon de mai 200 à février 2002

Un film de Claude et Clovis Prévost, 27′ – 2023.

 

 

Roger Lorance – 1925, Héricourt – 2018, Villeneuve-lès-Avignon

Roger Lorance s’installe en 1930 avec ses parents à Orange, dans une boutique de teinture. Il écrit ses premières poésies en 1942. Ses rencontres avec les peintres Jules Thoret, à Saint-Rémy-de-Provence en 1953 puis Léopold Chaillot en 1954   Villeneuve-lès-Avignon sont déterminantes. Il commence à peindre, tout en poursuivant son métier dans la boutique familiale de teinturerie.  Après une cure de désintoxication en 1965 pour alcoolisme, il stoppe momentanément son activité artistique.  Des centaines de peintures sur bois scandent un univers onirique, saturé de visions tératologiques organisées en structures emblématiques, et rehaussées de couleurs vives. Obsédé par le symbolisme des rêves, n’a cessé de peindre son intériorité comme un bestiaire d’une mythologie sans frontière. De la figure de Shiva à celle d’une hallucination informe, ces représentations ne lui ont apporté que la raillerie et les brimades de ses proches. Parallèlement, inspiré par Hérédia, Gérard de Nerval, ou encore Baudelaire, il a écrit des milliers de poèmes qu’il qualifie de symbolico-parnassiens.

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Notices biographiques des réalisateurs

Afsaneh Salari est une réalisatrice, monteuse et productrice iranienne de documentaires, basée entre Paris et Téhéran. En 2015, elle a cofondé le collectif Docmaniacs à Téhéran où, avec d’autres femmes cinéastes, elles réalisent et produisent des films documentaires. Le film qu’elle a produit The Forbidden Strings sur un groupe de musique rock afghan a été présenté en avant-première à l’IDFA 2019. The Silhouettes est son premier long métrage documentaire en tant que réalisatrice et a obtenu la mention spéciale du jury à Visions du Réel 2020. Elle travaille également comme monteuse aux Ateliers Varan et comme consultante créative auprès d’écoles de cinéma en Iran. Afsaneh est titulaire d’un master en réalisation de documentaires du Docnomads Joint Masters.

Clovis Prévost 
Jean Marie dit Clovis Prévost est né à Paris en 1940. Après des études d’architecture à l’École des Beaux-Arts de Paris, il se tourne vers la photographie et le cinéma. En 1969, Salvador Dalí lui propose de réaliser ensemble un livre sur les monuments d’Antoni Gaudí, avec textes de Robert Descharnes et Francesc Pujols, avec des photos que Clovis Prévost avait réalisées. Dalí rédige la préface. Le musée d’Orsay a constitué en 2004 un fonds d’archives autour de ce projet photo et acquis une sélection de photographies. Ce musée expose de nouveau ces photos de Clovis Prévost entre avril et juillet 2022, lors de l’exposition Gaudí. En 1969, Clovis Prévost publie à Barcelone avec Joan Prats un livre consacré à Alexandre Calder. Il réalise un ensemble de films sur les plus grands artistes et finit par être recruté par Aimé Maeght comme directeur du service cinéma de la galerie Maeght. En 2003, la galerie Maeght lui commande une nouvelle série de photographies et d’entretiens avec ses artistes, parus sous la forme de livres. Par ailleurs, entre 1960 et 1980, il réalise avec son épouse Claude Lenfant-Prévost une étude au long cours sur le Palais idéal du Facteur Cheval (photographies, film et documentation). Clovis Prévost a également immortalisé les graffiti de Paris en collaboration avec l’ethnologue William McLean. Ils ont co-signé un livre et un film. Auteur de plus de cinquante films et d’une trentaine de livres, Clovis Prévost a exposé sur tous les continents ses nombreux projets. Des rétrospectives ont eu lieu, entre autres, à la galerie Maeght en 2012 sur son œuvre de photographe et au Centre Pompidou en 1993 sur ses films. Il continue ses réalisations, dont les dernières en date : « Visite à André Bruyère en sa maison Les Eyrascles à Maussane-les-Alpilles. Août 1972 », 2023, « Sami-Ali et l’indicible » sur les calligraphies du psychanalyste Mahmoud Sami-Ali, 2022, « Clovis Trouille, peintre antitout », 2021, « Étienne Jacobée, sculpteur », 2020 et « Chomo : le Débarquement spirituel, images de lumière », 2019.

 

 

 

Editions Maurice Nadeau

A l’occasion de nouvelles parutions

Hommage à Christian DUFOURQUET
Flamboyants au crépuscule  (mai 2023) 
&
Rencontre avec ERVÉ, écrivain en marge pour
Morsures de nuit (septembre 2023)
Prix spécial du jury du Prix du Roman de la Nuit 2024

Organisés par les éditions Maurice NADEAU

Samedi 2 mars 2024 à 15 heures – entrée libre

Halle Saint Pierre – à l’auditorium
Réservation recommandée : 01 42 58 72 89

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Christian DUFOURQUET
(1947 – 2023)

Christian Dufourquet né en 1947, ingénieur de formation, poète et écrivain, a passé 25 ans de sa vie en Afrique. Il a publié chez Maurice Nadeau quatre ouvrages : Nous ne cessons de dire adieu (2000) ; Mourir dormir tuer peut-être – (2003) ; Franz et Mania (2005) ; Un chapeau dans la neige (2011) et aux éditions Soupirail, À la cave comme au ciel (2015). Il vient de disparaître le 15 juillet 2023.

Flamboyants au crépuscule  (mai 2023)
Le narrateur, au crépuscule de son existence, se souvient des moments de fulgurance de son passé amoureux, de ses voyages lointains en terre d’Afrique, de ses rencontres avec la littérature qui ont pour noms, Artaud, Rilke, Lautréamont, Kafka ou Proust. Il fait le compte et le décompte des grands moments vécus, hantés de visions bouleversantes ou acides. Une langue poétique, remarquable, passionnée et visionnaire, évoque des visages, des bribes de souvenirs et de paysages, esquisse le contour d’un monde qui s’écroule, dedans, dehors. 

Extrait : 
« Tant d’années ont passé et la nuit africaine continue de le hanter, avec ses rares loupiotes éparses, qui, contrairement à celles qui délimitent une piste d’atterrissage, n’éclairent rien au dehors et vacillent en dedans quand la musique et les corps et pourquoi pas les tueries et les meurtres parfois entrent en résonance. C’est comme une voix de poussière qui s’élève sur un arc musical, le tam tam bat un rythme qui rassemble les vivants peu nombreux et les morts innombrables, les corps s’enlacent s’évitent se heurtent, la piste est une aire de terre battue où les hommes les femmes et les enfants secoués dans leur dos dansent la vie les ancêtres la misère constante et la mort, et aussi la douceur de respirer un temps ensemble, même si tout ça ne dure pas. Un jour, rien ne restera, pas même les cases sur les murs desquelles des mains anonymes auront laissé leurs empreintes de kaolin pour dire leur passage en ces villages où les anciens règnent de moins en moins, car les jeunes vont vers les villes, se foutent des vieux des cases et des fétiches. Les villes grossissent en ce continent qui bientôt débordera sur le nôtre, et où sa jeunesse retrouvera dans les zoos d’Europe les animaux que leurs pères auront vu disparaître de leur vivant… »

Un film, Un pas, un mot
Ed. Le Soupirail, 2016
Portrait réalisé par Vanya Chokrollahi – coll. L’Aube des mots dirigée par Mahmoud Chokrollahi.


E R V É

 Ervé a vécu jusqu’à cinquante ans dans la rue. Il a trouvé un toit pour s’abriter et une « maison » pour être édité. Il continue ce qu’il a toujours su faire, écrire. Morsures de nuit est sa deuxième publication. 

Morsures de nuit
Prix spécial du jury du Prix du Roman de la Nuit 2024.

« L’infini des nuits se compte en continents qu’on arpente en songe quand on sommeille à peine ».

Après les « Écritures carnassières » qui narraient par bribes des moments de sa vie, Ervé explore ses errances nocturnes, les nuits kaléidoscopiques qui auraient pu l’emporter ou celles qui l’ont sauvée, cet espace autre où la solitude se fait ouatée, où il peut se cacher et dessiner un destin secret. Ces nuits sont peuplées de leur cortège d’âmes brisées, des femmes fugaces et disparues qui reviennent le hanter, tout comme des silhouettes fantomatiques de toutes sortes qui glissent à ses côtés. Dans ces Morsures de nuit, le regard d’Ervé « toujours un peu au bord du monde », pose un regard singulier à la fois bienveillant et extraordinairement acéré sur notre réalité.

EXTRAIT

« Comme à l’accoutumée, j’ai droit aux questions à la con. Qui je suis. D’où je viens. Pourquoi je suis là. Réponse à la con à questions tout autant : Je suis, je viens de loin, je vis là. Sa moue perplexe me fait sourire. Je la trouve belle cette moue. Je lui explique que je suis SDF, qu’ici c’est mon bout de trottoir et que je n’ai pour horizon que ce qui ne m’empêche à rien. Tout en riant, elle m’avoue qu’elle n’a rien compris à la fin en me proposant le joint. La rue est vide, même les terrasses. Tout autour, les rideaux baissent. Enfin. Quelques murmures des appartements tout au plus viennent à mes oreilles. Elle me tend un gobelet et y sert une très large vodka. Elle tremble un peu. Ses mains tremblent un peu. Et ce n’est pas de froid puisque la nuit est douce. (…) Elle habite non loin et m’y invite. Je refuse. Trop jolie et bien trop éméchée. Je lui explique mon refus par le «?demain, tu regretteras.?» Elle boude. Je la trouve encore plus attirante et tire sur le joint.

Elle veut visiter la cave. Je lui réponds souris et rats. Elle veut comprendre ma détresse, je lui réponds «?morsures?» et «?flottements?». Ses yeux du noir des filles du Maghreb m’envoûtent, aidés par les lueurs sourdes du lampadaire au loin. Dieu que cette femme est divine. Et morsure.

Elle insiste pour que l’on aille au bord du canal «?se finir?». Je flotte.

Elle finit par vomir sa mauvaise boisson et je la raccompagne jusqu’au pas de chez elle. Tu es gentil vampire. Entre. »

 

« Absurde immobilité dans la nuit. Carcasse de pluie. Ses pieds tremblent juste un peu. Son cerveau résonne encore mais ne peut pousser cri. À peine du sanglot. Son cœur cesse. Il sourit. Il veut bien partir enfin. Plus de lourd à porter se dit-il. Ses larmes se mélangent au jaune-gris des réverbérations dans les flaques. Il part de chez nulle-part. Mais…

Une gamine espagnole a posé sa bouche sur la mienne et ses mains sur ma poitrine. Elle m’a réveillé. Quand les pompiers sont arrivés, je ne cherchais qu’elle. Elle était nulle-part. On me croyait fou. J’ai refusé l’hôpital. Je voulais rester là. Pour la recroiser. Palpite en moi, souvent, le souffle d’une autre personne qui me parle…

J’ai fait une troisième alerte cardiaque à ce moment-là. J’étais en état de mort quand une jeune femme a pratiqué les soins en attendant les gyrophares. Je ne sais ni son prénom ni son âge. Elle m’a réinsufflé. Elle était touriste espagnole. »

EN SAVOIR PLUS …

Voici une très belle émission sur « Morsures de nuit » diffusée sur France Bleu RCFM
 « Des livres et délire » : https://www.francebleu.fr/emissions/des-livres-et-delires/rcfm

« Morsures de Nuit » : la littérature sans toit ni loi selon Ervé par Jérôme Garcin dans L’Obs du 12 décembre 2023

A 50 ans et des poussières, Ervé publie la suite d’« Ecritures carnassières » et continue, incisif et tranchant, le récit de sa vie de SDF. Un livre d’une poésie folle, écrit au ras du sol et à ciel ouvert.

Noël approche et, pour Ervé, ça reste une « merde de joyeux Noël » . Car, durant plus de vingt ans, il a passé le glacial 24 décembre dans la rue. « Mes pas sur vos chaussées humides me renvoient les lumières de vos néons de Noël décoratifs et futiles tandis que vous dormez. Le sommeil ne veut pas de moi, alors il faut que je me fatigue » Combien de fois, cette nuit-là, n’a-t-il pas pensé à se « foutre en l’air » ?

La probabilité d’apercevoir au pied du sapin ses deux petites filles, ses deux « poumons » , comme il les appelle, l’en a toujours dissuadé. Et puis écrire l’aide à ne pas abdiquer. Pour chasser ses idées noires, il noircit des pages sous les réverbères. Il les a rassemblées l’an passé dans un premier livre, « Ecritures carnassières ». Avec « Morsures de nuit », voici, incisive et tranchante, la suite. Et la preuve qu’Ervé a désormais un domicile

Juliette Einhorn consacre sa chronique du Monde des livres du 17 novembre 2023 à Morsures de nuit sous le titre Ervé ou la poésie du tombeau des nuits. L’écrivain et SDF ajoute un tome vibrant à son journal de rue.

« Malgré la tristesse et la colère, l’âpreté sans nom de cette existence à ciel ouvert, la poésie fait valoir son urgence. Pour relire Rimbaud, nul besoin pour Ervé d’ouvrir ses livres :il se récite ses poèmes de mémoire. Avec ses propres mots hantés, qu’il dédicace à ses deux filles (ses «deux poumons»), il transforme ce qu’on pensait être un mausolée en un recueil vibrant, où la morsure devient baiser… »

 Filmé par Delphine Chaume, son éditrice, il s’exprime aussi sur notre chaîne Youtube

 

Blandine Ponet

Rencontre / Signature
A l’occasion de la parution du livre de 
Blandine Ponet
Guillaume Pujolle — La peinture, un lieu d’être

Editions L’atelier Contemporain, 19 janvier 2024
François-Marie Deyrolle

Dimanche 24 mars 2024 à 15 heures – entrée libre
Réservation recommandée : 01 42 58 72 89

Le livre

Sur les traces de Guillaume Pujolle, Blandine Ponet nous fait découvrir un singulier personnage, qui fut menuisier, douanier, peintre, et fut interné une partie de sa vie à l’asile de Braqueville, à Toulouse. Ce lieu, devenu l’hôpital Gérard Marchant, où Blandine Ponet elle-même a travaillé comme infirmière, est au commencement du récit. En partant de là, elle déroule la complexe destinée de l’artiste, en convoquant au gré de ses découvertes l’histoire de la psychiatrie, du surréalisme, de l’Art Brut ou des deux guerres mondiales. Manière, dit-elle, de lutter contre « l’oubli, l’immobilisme, l’absence d’histoire, l’ordre et la routine ».

L’histoire de Guillaume Pujolle secoue cette torpeur. Chez lui, une force secrète semble résister étrangement aux logiques de destruction intérieures et extérieures. Face à la violence des combats de la première guerre mondiale, qui « provoque des blessures inconnues jusqu’alors », charnelles et mentales, comme face aux assauts de la maladie, la peinture devient un lieu d’être. « Lieu d’être qu’il s’agit de construire-reconstruire parce qu’on en a été exilé à la fois par la guerre et par la maladie qui s’est déclenchée quelques années plus tard. Un double exil. Pour répondre à cette expulsion de soi-même, cette mise hors de soi – dont il ne faut pas oublier qu’elle est la conséquence de ce qui était exigé des soldats au front sous peine de condamnation à mort –, c’est une réponse concrète qu’il faut fabriquer. Opposer quelque chose à l’effondrement du monde. » Ce quelque chose, ce sera la peinture.

L’artiste

Guillaume Pujolle, né en 1893 à Saint-Gaudens et mort en 1971 à Toulouse, fut menuisier, douanier, mais aussi peintre. Après avoir travaillé comme ébéniste dans l’atelier de son père, il s’engagea comme soldat en 1913, et traversa la Grande Guerre aux premières lignes. À partir de 1926, il fut interné une grande partie de sa vie à l’asile de Braqueville, à Toulouse.

Il commence à peindre en 1935 avec des outils qu’il fabrique lui-même et des couleurs tirées de produits pharmaceutiques : teinture d’iode, bleu de méthylène, mercurochrome. Au sein de l’asile, il troquait parfois ses peintures contre un paquet de tabac. En 1948, Jean Dequeker, alors interne de Gaston Ferdière à l’hôpital de Rodez, consacre une thèse de médecine à son cas, et à ses dessins. À cette époque, sa renommée s’étend aussi dans les milieux du surréalisme et de l’Art Brut. Ses œuvres se trouvent aujourd’hui dans les Collections de l’Art brut à Lausanne, du LaM à Lille et au Musée de l’Hôpital Sainte-Anne à Paris.

L’auteure

Blandine Ponet est infirmière en psychiatrie à Toulouse, titulaire d’un DESS de psychopathologie clinique. Elle anime des ateliers de lecture de poésie, participe au Collectif Rencontres qui organise les Rencontres de Psychothérapie institutionnelle de Saint-Alban, et est membre du comité de rédaction de la revue Empan.

Aux éditions Érès, elle a publié plusieurs livres entremêlant questions thérapeutiques et esthétiques : L’ordinaire de la folie. Une infirmière engagée en psychiatrie (2006) ; puis Folie, leçon de choses. Journal d’une infirmière en psychiatrie (2011) et Les fracassés de vivre. Tentative pour une poétique de la folie (2014). Elle fait partie, comme dirait Emmanuel Venet, de « tous ceux que la folie d’autrui empoigne assez aux tripes pour qu’ils en refusent le scandale ou la fatalité ».