Exposition collective

Pierre CARAN + DEMIN
Pascal HECKER + Bruno MONTPIED

Exposition du 1er au 30 novembre 2019
ouvert tous les jours

V E R N I S S A G E
Jeudi 7 novembre de 18h30 à 21 heures
Halle Saint Pierre – à la galerie (entrée libre)

 


Pierre CARAN

Les deux vies de Pierre Caran (1940-2008) 

Né au Havre il vit en famille à Cervens puis à Thonon-les-Bains en Haute-Savoie où depuis 1969 il exerce au sein de la Maison des Arts puis comme directeur de la Médiathèque des actions culturelles très importantes, organise des manifestations mémorables (rencontres littéraires, expositions artistiques, festival de cinéma indépendant) qui irradient dans toute la région Rhône-Alpes et au-delà, tisse des liens avec d’autres structures pour de multiples collaborations.

En l’an 2000 atteint d’une grave maladie, sous l’effet de la douleur, des traitements intrusifs, dévastateurs et un changement psychologique radical, il s’éloigne progressivement de toute vie active pour, dès l’année 2003, plus atteint encore se réfugier dans un monde très fermé, de substitution, de survie et créer avec acharnement, force et détermination, une œuvre singulière, inattendue, très loin des codes et repères qu’il possédait avant sa maladie. Cette oeuvre est réalisée à partir d’un amas hétéroclite de bois, pierres et multiples objets ramassés inlassablement lors de ses nombreuses sorties en solitaire, dans le but de leur donner une nouvelle existence telle une mise en scène tragi-comique, provoquant une confrontation homme/animal. Parmi ses sculptures, ses bas reliefs, la peinture occupe également une place importante dans ses créations d’un autre monde. Épuise c’est avec des dessins qu’il incarne la mort.

Enfermé, interdisant tout accès à son atelier, c’est après sa disparition le 15 juillet 2008 que l’on a découvert l’ampleur de ses créations.


DEMIN

Demin est psychanalyste. Il est né en 1968 dans le sud de la France.  Depuis des années, il griffonnait des figures étranges sur ses notes, jusqu’à ce qu’en octobre 2017, un ami tombe par hasard sur ses croquis et le convainc de commencer à dessiner. Quelques mois plus tard, ses œuvres sont exposées dans plusieurs galeries et intègre le cercle muséal.

Demin est donc un dessinateur autodidacte. Ses dessins racontent des histoires secrètes et émouvantes qu’il décrit comme “fragiles et personnelles, mais pas entièrement siennes”.  L’artiste/psychanalyste décortique  et transfert les désordres fantasmatiques en œuvre pictural. Les organes génitaux sont souvent omniprésents, exposés aux yeux de tous, comme une représentation de pulsions non réalisées. Le dessin est exécuté automatiquement, sans aucune ligne préparatoire.

Technique :  Stylo et  crayons de couleur sur papier.


Pascal HECKER

Né en 1958, Pascal Hecker entreprend des études de psychologie et, par le jeu du hasard, participe à l’aventure de la Halle Saint Pierre en y créant avec Laurence Maidenbaum une librairie spécialisée sur l’art brut et l’art singulier. Il découvre les ouvrages de Jean Dubuffet : Asphyxiante culture et L’homme du commun à l’ouvrage. Ce milieu propice lui permet d’explorer en autodidacte une dimension cachée mais présente en chacun : la créativité, qui le conduit vers le collage et la peinture… De cette activité naissent des personnages un peu étranges qui semblent émerger d’un monde entre visible et invisible. Cette série « Au rendez-vous des solitaires » procède du recyclage de dessins anciens, déchirés et réutilisés.


Bruno MONTPIED

Bruno Montpied, Le Grand mémoriel, 2019

Bruno Montpied, né en 1954, à Boulogne-Billancourt, a commencé à exposer ses peintures en 1977, et depuis, de façon sporadique et irrégulière.
Travaillant en général sur des petits formats, au début à la peinture acrylique, puis par la suite à l’encre, parfois à l’aquarelle, il compose de façon automatique, en jouant du hasard et d’expérimentations diverses, des scènes fouillées, complexes, parfois difficiles à interpréter (la recherche de leurs titres est une occupation essentielle), où se font jour un certain humour noir de même qu’un esprit railleur ou narquois.
Au fil des années, son activité picturale est devenue nettement plus graphique. Il travaille en surlignage par-dessus ses taches de couleur. Ses techniques sont bricolées de façon intuitive et personnelle, sans référence à des techniques apprises en école.
Fidèle au dessin automatique de type surréaliste, il pratique en réalité un sur-automatisme (il n’y a jamais d’esquisse ou de dessin préconçu) aussi bien en ce qui concerne le dessin lui-même que la peinture.
Cette activité graphique est conçue comme un jeu de patience grâce auquel l’auteur part en voyage à la découverte de ses propres secrets, ou de ceux qu’ils s’inventent. Il s’agit d’explorer des voies nouvelles pour bâtir des compositions surprenantes. Cherchant à éviter la répétition, ne travaillant pas en série la plupart du temps, quoique soumis à des thèmes récurrents,  Bruno Montpied a élaboré au fil du temps une « écriture stylistique » reconnaissable.
Pas exempt de références culturelles à l’art moderne et à l’histoire des avant-gardes (notamment du surréalisme), Bruno Montpied exerce, en même temps que son activité picturale, une activité critique et documentaire qu’il mène de façon indépendante (il a publié récemment un inventaire des environnements populaires spontanés français sous le titre Le Gazouillis des éléphants aux éditions du Sandre, en 2017). Il n’est pas inséré pour autant dans les milieux professionnels des Beaux-Arts, se tenant en franc-tireur dans le domaine de la création plastique (où il est tout aussi autodidacte qu’en matière de critique d’art, n’ayant jamais reçu de formation technique ni théorique).

Son blog : Le poignard subtil

Art Brut

L’art brut n’est donc pas « l’art des fous ». À côté des créations associées aux asiles psychiatriques – étudiées dès les années 1920 par le docteur Hans Prinzhorn – et de l’art médiumnique, se rangent celles de « l’homme du commun » selon Dubuffet – celui qui est en dehors des circuits artistiques. Hier confidentiel, aujourd’hui consacré, institutionnalisé et médiatisé, l’art brut a une histoire et la réalité qu’il recouvre échappe à son inventeur et théoricien. D’autres appellations ont vu peu à peu le jour, correspondant à la démarche de nouveaux amateurs et à leur souci de baliser le territoire (hors normes, singulier, outsider, habitant-paysagiste…). Outre l’ouverture à de nouveaux champs de prospection, l’interaction avec l’art contemporain, dans une perspective de décloisonnement et d’élargissement, est une mise à l’épreuve de la notion d’art brut.

Les créations de l’« art brut », sont davantage des énigmes que des productions qui se laisseraient facilement appréhender par notre conceptualité. Aloïse, Wölfli, Darger, Walla, Zinelli, Traylor, Sawada… nous fascinent, nous touchent, nous éprouvent sans que nous puissions établir un rapport formel entre eux. L’enjeu est ailleurs. C’est dans le grand créateur d’art brut, le hors norme, le marginal, que nous voyons l’homme accompli et victorieux. Cet « Autre » de la culture ne réalise-t-il pas les possibilités les plus hautes de l’homme, l’héroïque construction de soi, son humanisation, finalement la fin véritable qu’est la culture ?


Martine Lusardy, spécialisée dans l’étude de l’art brut et de ses apparentés, elle est directrice de la Halle Saint-Pierre depuis 1994. Elle y a organisé de nombreuses expositions sur le sujet.
Elle a dirigé l’ouvrage de référence « L’art brut » aux éditions Citadelles & Mazenod. Une synthèse originale menée par une équipe pluridisciplinaire internationale (historiens d’art, critiques, psychologue, psychiatre, artiste), réunissant un corpus foisonnant de quelques 550 œuvres de plus de 250 artistes. À la fois étranges, inquiétantes et familières, elles sont les métaphores d’un « voyage-aventure » au tréfonds de notre sensibilité, qui donne à saisir la mesure de l’être humain.

Sylvia Katuszewski

Sylvia Katuszewski
“J’ai mémoire de”
Variations autour des écrits de Yaël Cange

V E R N I S S A G E
Vendredi 11 octobre de 18h30 à 21h
(entrée libre)
Exposition du 1er au 30 octobre 2019

Halle Saint Pierre – à la galerie
Ouvert tous les jours 

*

Sylvia Katuszewski

Née en 1946, vit et travaille à Paris.

Ses œuvres ont fait l’objet de diverses expositions en France et à l’étranger, et notamment à la Halle Saint Pierre.

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“De la flore, de la faune, oui!, tout est là. Passant du jaune au rouge …

Mais où: là? Où donc? en quelle nature sommes-nous au juste – – qui tant foudroie : trouée, percée qu’elle est de sursauts d’ombres vivantes ?

Les unes, tendues vers le haut, comme implorant l’on ne sait quoi — les autres, perdues, ô combien !, en elle.

Mais pourquoi demander,

Qu’il y ait, si surement, absence de chemin — qui le nierait ?

“Cela vient du dedans”, dit Sylvia. “Je ne sais pas. Je ne sais pas. On tremble à l’écouter.

Ses gouaches, il faut les aimer au plus près : jusqu’aux yeux, pensez!, qui se brisent en larmes! Un tel esseulement!

L’oiseau, lui-même, n’y suffit pas ? “

Yaël Cange

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Yaël Cange
A Fleur d’eau

On cherchera longtemps, dans l’actualité des lettres, une poésie comparable à celle-ci. Cette voix de femme – de cette femme qui répond au nom de Yaël Cange, comme si l’Ange des sables l’avait élue pour y froisser ses ailes – est peut-être seule à exprimer, avec une si parfaite exigence de justesse, la déréliction de l’être rejeté non par un décret du Dieu tout-puissant mais par la nécessité propre à l’existence même, sans explication, sans justification et, croirait-on, sans origine.

Claude Louis-Combet

 

 

CHARLOTTE SALOMON

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Charlotte Salomon (1917 -1943) fut la dernière étudiante juive des Beaux-Arts de Berlin. Fin 1938, le danger devient si grand pour elle que sa famille décide de lui faire quitter l’Allemagne. Elle rejoint en décembre ses grands-parents maternels, réfugiés dans la région de Nice depuis déjà plusieurs années.

Le début de la guerre rompt cet équilibre. Le 20 mars 1940, bouleversée par le déclenchement des hostilités et paniquée par la violence nazie qui déferle sur l’Europe, la grand-mère de Charlotte Salomon se défenestre sous les yeux de sa petite-fille. Peu de temps auparavant, son grand-père avait révélé à la jeune femme un terrible secret familial : elle est la dernière d’une lignée maternelle dont tous les membres, depuis trois générations, se suicident.

Charlotte Salomon, isolée dans un pays dont elle ne parle pas la langue, et avec pour unique parent un vieil homme amer qui la rejette, doit faire face à la menace d’une guerre et d’une malédiction familiale qui programment toutes les deux sa mort. À cette situation tragique, elle décide d’apporter une réponse extraordinaire et transcende son destin en mettant en scène son histoire à l’aide de peintures, de textes, de musiques. En moins de deux ans, entre 1940 et 1942, elle peint plus d’un millier de gouaches et en retient 781 qui formeront – avec les feuilles calque sur lesquelles elle écrit simultanément – le roman de sa vie, sa grande œuvre : Vie ? ou Théâtre ?

La présente édition est la première au monde à donner Vie ? ou Théâtre ? dans son intégrité, en reproduisant notamment les calques et la transcription d’une lettre finale capitale. Deux témoignages, en postface, offrent des éclairages sur l’artiste et son œuvre.

en savoir plus

CHARLOTTE SALOMON : Vie ? ou Théâtre ?
Roman graphique – Beaux Livres
840 pages
Parution: 1 octobre 2015
Editions Le Tripode