ARAFAT — LE BRUIT DES COULEURS


Arafat

Le Bruit des couleurs

Du 10 juin au 26 juin sur les murs de la librairie de la Halle Saint Pierre



Depuis que je travaille à la Halle Saint-Pierre je m’intéresse à l’art notamment à l’art brut ! Travailler là-bas m’a fait découvrir un art sans filtre, d’une liberté totale C’est cette authenticité qui m’a donné envie de le pratiquer. Par rapport à mon travail en tant qu’artiste je dessine et je peins. Je travaille à l’instant et parfois méticuleusement ! Ce que je vais présenter à la librairie de la Halle saint-Pierre et un ensemble de choses, des mélanges de portrait masquer, des têtes animaux hybride. 

Arafat GBADAMASSI


« Chaque oiseau a la couleur de son cri »
Malcolm de Chazal


Le travail de l’artiste Arafat Gbadamassi, né en 1989, se déploie depuis plusieurs années, entre autres, au travers du dessin et plus particulièrement de séries de pastels secs et fusain sur des formats raisin ou A3.

Il y développe un univers peuplé de figures : masques, portraits, animaux et créatures ou encore formes plus symboliques, à la frontière de l’ésotérisme. Ses sujets, Arafat Gbadamassi ne leur donne, formellement, qu’une identité vague, pas tout à fait définie. Les masques ont autant de l’Afrique que de l’Alaska ou l’Océanie. Les portraits n’ont pas de genre, ils sont universels. Il prend ses sources dans tout type de documents, de l’histoire de l’art aux journaux, s’en détachant rapidement pour s’approprier très vite une forme qui devient elle-même source de transformations et ainsi exister dans un univers sans référence précise. Les dessins d’Arafat Gbadamassi sont sans doute autant réceptacles que projections.

En effet, il y a dans son travail une dimension qu’il qualifie lui-même de « spirituelle ». On pourrait aller jusqu’à évoquer le dessin spirite, Desmoulins et d’autres, ou bien encore les dessins visionnaires de Théophile Bra. On retrouve cette idée de mouvement, de vitesse presque, d’un déplacement de dimension, d’une vibration. Pourtant chez ces merveilleux prédécesseurs, il manque une chose qui remplit les dessins d’Arafat Gbadamassi : la couleur. Il se décrit lui-même comme méticuleux, il l’est particulièrement quant à choisir ses teintes. Il semble presque les écouter, se tenant toujours très près de ses outils. Et il les applique avec beaucoup d’intensité et de soin, alternant des gestes de tracés délicats, de dépôts de pigments plus frénétiques puis de frottements au doigt pour faire de la couleur une masse, un dégradé, une vibration encore. Chacun de ces gestes produisant un son autant qu’un effet visuel. Les deux semblent liés et orchestrés dans une forme de volonté qui laisserait pourtant possible toutes les variations qui s’offrent à cette composition qui tient de l’improvisation autant que du processus bien établi. Arafat Gbadamassi est attentif à son sujet pour ce qui le compose, si c’est un masque, les nuances et le niveau de contraste seront concentrés. Si c’est un tigre, un animal hybride, les mélanges se feront plus aisément. S’il travaille le motif de l’œil, il traversera la couleur, utilisera plus de noir, intensifiera encore le contraste. C’est donc bien la couleur dessinée que nous offre à voir Arafat Gbadamassi et il nous fait même accéder à bien plus que cela. Si l’on regarde, bien attentivement, comme lui, ses dessins, nous les verrons vibrer, au sens sonore autant qu’optique, et nous entendrons le bruit des couleurs.

Alexandre Leger