Conférences de l’Association pour la recherche sur le surréalisme (APRES)

Conférences organisées par Françoise Py, maitre de conférence université Paris 8
de janvier 2015 à juin 2015 le deuxième samedi du mois de 15h à 18h

Samedi 9 mai 2015 de 15h à 18h

Conférence de Jean-François Rabain
 psychiatre, psychanalyste et esthéticien

 UNICA ZURN (1916-1970)
Poète, écrivain, dessinatrice, peintre

Unica

Lecture de la correspondance d’Unica Zürn avec Henri Michaux et Hans Bellmer par Jean-François Rabain et Anne Szulmajster (professeur au Collège de France ).
Débat avec Jean-François Rabain et Georges Bloess
(
docteur en esthétique et sciences de l’art, professeur à à ParisVIII)

Jean-François Rabain a connu Unica Zürn lorsqu’il était jeune interne et il a noué avec elle et Hans Bellmer une longue amitié. Unica Zürn est une artiste hors norme, entre surréalisme et art brut, très contemporaine dans sa démarche autobiographique qui passe à la fois par l’image et par le texte.

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Halle Saint Pierre – auditorium (entrée libre)
Réservation conseillée : communication@hallesaintpierre.org

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Notice biographique

 UNICA ZURN (1916-1970)
Poète, écrivain, dessinatrice, peintre

catalogue unicaLe musée de la Halle Saint Pierre a rendu hommage à Unica Zürn (exposition rétrospective 2007), icône surréaliste au destin tragique, trop souvent demeurée dans l’ombre de son compagnon, Hans Bellmer. La trajectoire artistique d’Unica Zürn lui donne une place exceptionnelle et singulière dans le mouvement surréaliste. Son œuvre graphique et littéraire, sous la forme d’anagrammes, de dessins automatiques et d’écrits en prose où elle mêle fiction et autobiographie, est marquée par le destin d’une vie en tension entre délire et création.

Unica Zürn offre, comme Artaud, une perspective sur la folie vécue de l’intérieur. L’aveu extatique de l’illumination que lui procure dans ses crises son envol intérieur donne à ses dessins et ses écrits un accent de vérité bouleversant. Cependant, son oeuvre se situe au-delà d’une forme nouvelle de subjectivité et renouvelle, par sa fécondité créatrice et son langage poétique, la magie de l’intelligence du monde.

Unica Zürn est née à Berlin en 1916. Victime d’une enfance assez tourmentée, marquée par le divorce de ses parents et la perte de la maison familiale, elle doit très tôt arrêter ses études. Elle devient archiviste puis scénariste à la Ufa-film.
En 1942, Zürn se marie avec Erich Laupenmühlen et arrête de travailler. Deux enfants naissent ” sous les bombes ” de cette union.
En 1949, le couple divorce. Laupenmühlen se remarie avec sa maîtresse. Les enfants sont confiés à leur père. Unica Zürn mène alors une vie de bohème et gagne sa vie en écrivant des récits pour les journaux. Elle se fait des amis dans le milieu artistique berlinois.
En 1953, elle rencontre Hans Bellmer, c’est un coup de foudre réciproque. Elle quitte Berlin et l’accompagne à Paris. Bellmer lui fait connaître les surréalistes parmi lesquels : Jean Arp, André Breton, Meret Oppenheim, Max Ernst, Marcel Duchamp, Victor Brauner, Man Ray, Patrick Walberg, André Pieyre de Mandiargues, et également Henri Michaux. Elle compose ses premières anagrammes, réalise des dessins automatiques et expose à différentes reprises.
En 1954 Hexentexte, son premier livre, est publié à Berlin avec 10 dessins automatiques, 10 anagrammes, ce qu’elle qualifie être des « écritures sorcières ».
En 1957, première dépression. En 1962 elle commence L’Homme-Jasmin (sous titré impression d’une malade mentale) et en termine la rédaction en 1966.
En 1967, en quelques jours (ce qui contraste avec son œuvre précédente), elle écrit Sombre Printemps.
Dans les huit dernières années de sa vie elle fut hospitalisée (souvent internée) à l’Hôpital Wittenau de Berlin, et encore plus souvent à Paris : Sainte Anne, Maison Blanche, La Rochelle, clinique de La Chesnaie. Une permission de sortie de cinq jours lui est autorisée le 19 octobre 1970 pour réorganiser sa vie. Après une journée sans incident passée auprès de Hans Bellmer, Unica Zürn se jette par la fenêtre de l’appartement.

 


 

Corps magiques, corps tragiques : la création destructrice d’Unica Zürn
Par Georges BLOESS (ici)
Unica Zürn? S’il n’y avait eu, pour la tirer de l’oubli, la belle rétrospective de son œuvre dessinée, présentée à la Halle Saint-Pierre durant l’été 2007, bien rares seraient aujourd’hui ceux auxquels ce nom évoquerait une grande artiste. Unica Zürn eut pourtant une brève période de notoriété au début des années soixante-dix, lorsque furent édités en français ses deux récits L’homme Jasmin et Sombre Printemps; gloire hélas déjà posthume et bien éphémère. Mais surtout,elle serait restée une parfaite inconnue si Hans Bellmer n’avait fait sa découverte en1953, pendant un séjour à Berlin. Depuis cette date, leurs deux noms sont restés indissolublement attachés l’un à l’autre. Pour autant, Unica n’a-t-elle été que la compagne de Hans Bellmer? L’histoire semble avoir été bien injuste envers elle : non seulement c’est à lui qu’elle doit sa – toute relative – célébrité, mais c’est encore à lui qu’elle doit son existence en tant qu’artiste: la découverte de son talent, son éclosion, sont à mettre au crédit d’Hans Bellmer; la révélation d’une veine poétique et d’une exceptionnelle disposition au dessin est due à nul autre qu’au créateur de la Poupée. Unica Zürn est avant tout le produit d’une rencontre; nous ne serons donc pas surpris si la rencontre constitue, dans l’œuvre d’Unica, un motif privilégié. Voici en quels termes elle se remémore la première visite de l’ami :
«Lorsqu’il vient véritablement, il lui apporte un cahier de papier blanc, comme si le dessin devait être pour elle un sauvetage; et elle lit cette dédicace : ‘‘voici quelque chose pour les désespérés, qui commencent à nager dans la blancheur de ces feuilles pour y retrouver, peut-être, grâce à un premier signe, un nouveau commencement’’.»
(extrait)

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