Camille et Nikita Kravtsov, « The tooth and the Root »

Moving embroideries

Exposition du 2 au 29 avril 2018
Vernissage jeudi 5 avril de 18h à 21h – entrée libre

Halle Saint Pierre – à la Galerie

 

L’artiste ukrainien Nikita Kravtsov et l’artiste française Camille Sagnes Kravtsova
sont partenaires dans la vie et dans leur recherche artistique. Depuis 2015 ils ont réalisé de nombreuses créations ensemble avec des médiums variés, l’audiovisuels, la peinture et la broderie, afin de donner corps à une critique sociale qui fait ressortir l’absurde.

Déclaration L’absurdité est notre réaction au monde qui nous entoure, à la société et à son fonctionnement. L’absurde échappe à toute logique, fait ressortir l’insensé, l’aberrant. Tout peut incarner l’absurde, un comportement, une image… Le monde lui-même devient absurde et cela ne choque plus, tant cela est désormais la règle.

Nous marions le travail long et méticuleux de la broderie avec des esquisses nerveuses, expressives et vivaces. Les lignes impulsent un mouvement cinétique, une tentative d’illusion optique, un mouvement court et rapide fixé par l’image brodée. La fusion de deux rythmes opposés – la rapidité du dessin et la lenteur de la broderie – donne naissance à une image en 2D. D’un point de vue métaphorique et philosophique c’est le lièvre qui avance au pas de tortue. Ce qui nous intéresse c’est la relativisation de la vitesse.

Pourquoi la broderie ? Car c’est une technique artisanale, un savoir en passant d’être oublié. La broderie est un ornement décoratif sur un tissu.
Pourquoi l’esquisse ? Car c’est l’inachevé, le premier pas, une annotation dans une recherche, la préparation d’une oeuvre, tout sauf un produit fini.

Le long lent processus de la broderie donne au dessin inachevé sa chance d’émerger. Par le croisement de ces deux techniques ressort le langage absurde qui exprime et illustre notre regard sur le monde.

Nous avons également recours à des revues anciennes, des années 20, ainsi qu’à des torchons imprimés, afin de composer des images et donner un sens nouveau à des objets surannés. À travers notre travail nous sommes témoins de la violence et souhaitons transmettre un message contre la guerre, comme dans nos deux derniers clips « la guerre est finie » et « guerre froide ».

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Jean-Luc Johannet

Jean-Luc Johannet
Exposition du 1er au 25 février 2018
organisée par le collectif PiF (Patrimoines irréguliers de France)
Vernissage jeudi 1er février de 18h à 21h – entrée libre
Halle Saint Pierre – à la galerie

 

Jean Luc-Johannet, architecte-poète

Jean-Luc Johannet est l’un de ces artistes-rêveurs qui ont su rendre à l’architecture le droit d’être émotionnelle, symbolique. Animé par le désir de concilier l’art de l’architecte à celui du plasticien, il étudie non seulement l’architecture, mais aussi la gravure et la sculpture et milite pour une nouvelle synthèse des arts. A rebours du fonctionnalisme, il fait d’Antoni Gaudí et de Ferdinand Cheval ses maîtres incontestés.

Composée d’une multitude de dessins, peintures, maquettes et archisculptures cinétiques, son œuvre s’inscrit dans la tendance de l’architecture-sculpture et donne une place centrale à la rêverie. Influencée par le fantastique de H. P. Lovecraft et de H. R. Giger, elle est peuplée d’êtres hybrides et constructions oniriques. Dynamiques, imprévisibles, sculpturales, surréalistes, ces architectures peuvent se courber, bourgeonner, se métamorphoser en oiseaux ou palpiter pour la force du vent. Elles mêlent le souvenir d’architectures anciennes à un imaginaire de science-fiction.

Tracée au crayon, puis colorée à l’encre de Chine dans les années 1980, la Cathédrale de Babylone est l’une des œuvres majeures de Johannet. Imposante concrétion pyramidale d’architectures-sculptures, cette mégastructure surgit au milieu d’une vaste rivière et lève son sommet sur un ciel baroque, habité par des oiseaux mécaniques et des vaisseaux ailés. Pour la finesse du trait, la virtuosité dans le rendu minutieux des détails et l’ambiance visionnaire, ce dessin évoque l’œuvre gravée de Dürer et d’Altdorfer ou encore La destruction de la Tour de Babel de Cornelis Anthonisz (1547), mais elle s’apparente également aux productions du fantastique pictural et du genre de la fantasy.

« [L]’architecte n’est autre qu’un sculpteur aux tendances démiurgiques désireux de parfaire l’œuvre de la Nature », écrit l’artiste, qui affirme sa volonté de « rompre avec une certaine culture esthétique occidentale pour mieux épouser des formes plus fondamentalement mythologiques. » Il invente ainsi, en 1984, « Le jeu des cinq éléments », dans lequel à chaque symbole élémentaire correspond une architecture cinétique aux lignes aérodynamiques : la Terre est façonnée en tortue roulante, l’Eau en bateau, le Feu en arbalète-canon, l’Air en oiseau, l’Ether en moulin.

La réalisation de ses projets constitue pour Johannet un rite de passage obligé, mais les institutions ne le supporteront pas dans cette démarche. Considérant cela comme une censure, il choisit de devenir, alors, son propre ouvrier et de donner ainsi libre cours à son extraordinaire habilité manuelle. Certains des grands objets qu’il construit rappellent les architectures éphémères liées à la fête et révèlent son intérêt pour les mathématiques et ses applications dans l’art. Abritant un théâtre de marionnettes, la Tortue d’Eschile (1986) est, par exemple, un char zoomorphe dont la carapace est constituée d’un dôme géodésique, structure dont Johannet est l’un des spécialistes français. L’Oiseau Euphorique (1986) est, quant à lui, une sculpture pénétrable et ambulante de 18 mètres, dont l’ossature est composée de planches, poutres et chevrons imbriqués. Passionné d’art brut, l’artiste fera don de ce chef-d’œuvre à la Collection de l’Art Brut de Lausanne.

La fabrication de ces objets ludiques est à l’origine d’un fleurissement inattendu d’images mentales duquel naît le Parc de Venus et ses Dragons, projet colossal et fabuleux condensant sa mythologie personnelle. C’est une cité-jardin à la forme circulaire habitée par des gigantesques automates, des chars zoomorphes (dragons, aigles, cormorans), des châteaux flamboyants (le Château de Venus) et des habitations-poèmes. Elle intègre, entre autres, le Parc des cinq éléments et héberge un musée aquatique dédié à l’art brut, installé dans le lit de la rivière. Ce jardin surréaliste reste à ces jours une utopie. Il serait pourtant réalisable, grâce aux nombreux dessins, maquettes et écrits fourrés d’annotations précises sur les dimensions des œuvres, les heures de travail, les matériaux à utiliser et les techniques à employer.

Malgré un certain succès médiatique dans les années 1980, l’œuvre de Jean-Luc Johannet reste méconnue et elle risque de se détériorer, à cause de l’insalubrité des lieux où elle est conservée. C’est en travaillant à sa mise en valeur, que l’association Patrimoines Irréguliers de France a découvert, parmi les œuvres entassées, une merveille inédite : la Citadelle (2010), ville utopique à la géométrie cristalline. Combinant un matériau trivial, le carton, à la structure du diamant, cette œuvre confirme la puissance d’invention, l’esprit libertaire et l’humour de l’artiste, qui écrit : « nous rions de voir l’association d’un produit gratuit avec la très onéreuse image du luxe pour créer un objet à la frontière de l’anarchie ! »

Roberta Trapani, membre cofondateur du PiF. Texte paru dans Artension n°145,
août 2017.

 

 

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Jean-Luc Johannet (Blois, 1951)
Ancien élève de l’École d’Architecture de Normandie, Jean-Luc Johannet est animé par le désir de concilier l’art de l’architecte à celui du plasticien. Il s’écarte très tôt du fonctionnalisme, pour se tourner vers une architecture irrégulière, organique. De son « combat pour la liberté de la forme » naît son travail visionnaire, où les limites entre la sculpture et l’architecture, la réalité et l’utopie, se brouillent. Cette œuvre regroupe une multitude de dessins, maquettes et sculptures cinétiques représentant des architectures imaginaires. Constructions d’un univers à la fois ludique et lyrique, ces créations allient l’art, la science et la technique et appartiennent au domaine du merveilleux. Elles mêlent le souvenir d’architectures lointaines, dans le temps et dans l’espace, à un imaginaire de science-fiction.