Les SolèIs de Trovic, Une Odyssée cousue main
Samedi 2 mai à 15h dans l’auditorium de la Halle Saint Pierre

La vie et l’œuvre de Jacques Trovic (1948-2018) continue de nous interpeller par sa luxuriance, la variété de ses sujets, ses techniques, ses compositions rigoureuses, et l’harmonie fastueuse de ses agencements de couleurs. C’est la tapisserie et plus épisodiquement la mosaïque, que Jacques Trovic a choisi de travailler pour s’inscrire dans son temps en tant qu’artiste, témoin d’une culture et d’un savoir-être populaires. Quelles sont donc les racines essentielles qui vont nourrir son art, ses techniques et son regard sur le monde ? Jacques Trovic naît à Anzin dans le valenciennois. C’est la ville du Nord où vont s’implanter 5 mines exploitées pour la première fois industriellement. La sidérurgie lourde va suivre. C’est la culture ouvrière faite de rudesse, de solidarités, de plaisirs simples et réparateurs, qui est le substrat de ce qu’il deviendra en tant qu’artiste. Si son père va concentrer les caractéristiques de ce milieu aux valeurs très masculines, la mère va amener les dimensions nécessaires à la survie psychique et physique de cet enfant. L’autre dimension de la vie de Jacques Trovic sera donc aussi celle de l’intimité du foyer où les femmes accumulent les savoir-faire qui compensent les faibles ressources de la famille : cuisiner, coudre, broder, tricoter., faire de la dentelle. La mère de Jacques Trovic, a travaillé comme ses ancêtres dans les faïenceries de Saint Amand-les-eaux, ville où elle est née tout comme la sœur ainée de Jacques. Elle avait sans aucun doute un sens de la couleur qui fait la beauté de ces faïences. Elle aura un rôle clef dans la survie de cet enfant fragile, obèse et épileptique. La seule échappatoire de cet enfant à la réclusion que son état de santé imposait fut l’apprentissage de la broderie, du canevas qu’il va assimiler et dont il va subvertir la fonction domestique pour l’inscrire, dans un geste de liberté absolue, dans ce qui portera le nom d’œuvre. Il s’inscrira dans la tradition de la tapisserie flamande dont il devait être imprégné à son insu ou de manière consciente. C’est pourquoi, les 300 à 400 tapisseries que Jacques Trovic va créer entre 1964 et 2018, portent en elles tout d’abord ce passage du napperon à la tapisserie, puis tout ce qui a fait la vie collective du monde ouvrier dont il a voulu être le témoin avant ce qu’il pressentait être sa disparition, mais aussi ce projet surprenant de vouloir être par son œuvre « l’ambassadeur » (c‘est le mot qu’il employait) des beautés de la France à l’étranger en brodant sa vie durant « les Régions et les Métiers ». Jacques Trovic aura été le documentariste de sa région, le témoin de la vie quotidienne des hommes qui l’ont entouré, l’esprit espiègle qui inscrira des connivences avec son public à l’intérieur de ses tapisseries. Jacques Trovic a construit sa place dans le monde parce qu’il a pu s’inscrire miraculeusement dans un projet d’artiste. Il est devenu par son œuvre : « passeur de vie ».
Francine Auger-Rey

Jaques Trovic, Le bassin houiller, 1967, ©La Fabuloserie
Jacques Trovic est l’un des 36 artistes présentés dans l’exposition L’étoffe des rêves, visible jusqu’au 31 juillet 2026 à la Halle Saint Pierre.