LinoGoutte

Couv 3exposition du 8 au 28 Avril 2014

LinoGoutte est un recueil des gravures d’enfants réalisées au cours de l’atelier mené à l’association Accueil Goutte d’Or

Halle Saint Pierre à la Librairie entrée libre – ouvert tous les jours

Tout a commencé par une rencontre, celle de Sylvie, libraire et bénévole à Accueil Goutte d’or avec un livre
« Gravures de bêtes ». De là est née l’envie de le faire découvrir aux enfants venant à l’association.

En quelques semaines le livre d’Olivier Besson, un bestiaire composé de gravures, a suscité la curiosité des plus jeunes: « C’est quoi la gravure ? Nous aussi on peut en faire ? Comment ça se fabrique ? » Qui d’autre sinon l’auteur aurait pu mieux leur répondre ?

À notre demande Olivier a accepté de faire un premier atelier d’initiation à la gravure. Deux heures plus tard les enfants seront conquis et unanimes : cette occasion était trop belle pour rester unique.

Des rendez-vous il y en aura donc beaucoup d’autres. Chaque semaine depuis cinq ans Olivier partage sa passion avec Aghilas, Alfouseyni, Awa et Hawa, Bambi, Boubou, Célia, Cheikou, Kajira, Kenan, Laurena, Lassana, Lilia, Piranavan, Rokihya, Sena, Saana, Syrine, Tenin, Xixi et Yasser…

Les ateliers se suivront mais ne ressembleront pas, tout comme les créations des enfants. Ils seront parfois inspirés par les grands classiques, le Rhinocéros de Dürer pris pour modèle aura par exemple un grand succès. Ce sera à d’autres moments l’occasion pour eux de devenir illustrateurs, et de faire des gravures d’après Les contes d’Asie de Henri Gougaud ou encore de travailler sur des textes de Jorge Luis Borges en donnant vie à ses animaux imaginaires. Puis il y aura des séances où l’on fait plaisir à son ego en faisant son autoportrait, ou, plus drôle, en faisant sans complexe celui d’Olivier.

LinoGoutte est en vente à 15€ à Accueil Goutte d’Or ainsi qu’à la librairie de la Halle Saint Pierre.

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Olivier Besson est né en 1957 à Boulogne-Billancourt. Il a suivi les cours de gravure de l’École Nationale supérieure des Beaux-Arts. Il utilise la gravure sur bois pour les illustrations et le monotype marouflé sur toile pour les plus grands formats. Il travaille pour la presse et a déjà illustré plusieurs livres pour la jeunesse.

http://www.editions-thierry-magnier.com/auteur.php?id=13186

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À la Goutte d’Or, des habitants se rencontrent, font la fête, rient, chantent et parfois pleurent. Ils apprennent les uns des autres, ils se racontent, écoutent, rêvent, inventent, luttent, construisent. Ils montent des projets pour leur quartier…

Ce sont ces habitants soucieux de faire vivre des valeurs de solidarité et d’égalité qui ont créé Accueil Goutte d’Or en 1979.

Les habitants, une équipe de bénévoles et de salariés, ensemble sont à l’écoute des besoins du quartier et proposent des actions pour tous :

Animation du quartier, permanence sociale, apprentissage du français, accompagnement à la scolarité, halte-garderie, découvertes culturelles, expressions artistiques, rencontres, sorties et temps festifs tels que des repas de quartier, des vacances, autant de rendez-vous qui favorisent une ouverture curieuse et des échanges dynamiques.

Ces actions évoluent au fil des années, en fonction des demandes et initiatives des habitants. L’aventure continue !

Pour en savoir plus, rendez-vous sur www.accueilgouttedor.fr

 

L’habitant de Turakie

turakExposition du Turak Théâtre
Théâtre d’objets de Michel Laubu

du 13 février au 30 mars 2014
Vernissage jeudi 13 février de 18h à 21h30

Halle Saint Pierre – Galerie
ouvert tous les jours (entrée libre)

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La Turakie est un pays qui n’est pas dessiné sur les cartes mais peut prendre forme dans l’imaginaire de chacun. Voici une exposition de boîtes, contre-boîtes, altos, basses et contrebasses qui recueillent des éclats de vie et racontent le quotidien de l’habitant de Turakie.

Michel Laubu homme de théâtre et poète est le créateur de ce monde, un inventeur-bricoleur qui, depuis plus de vingt ans, crée un théâtre d’objets unique, à la fois surréaliste et quotidien, à partir de choses ou de matériaux récupérés ici ou là. Objets collectés, puis transformés, détournés, assemblés, qui vont peu à peu créer un monde avec ses lois propres.
Petit, il désossait les lampes de poche et les ustensiles les plus divers pour les remonter à sa guise, et se “greffait” des couvercles de boîtes à chaussures sur les avant-bras, dans l’espoir de devenir un homme-oiseau.
Michel Laubu, poète de “temps de crise” réenchante notre monde gavé d’objets frénétiquement consommés et mis au rebut dont il fouille l’âme et la mémoire comme un archéologue.

« Michel Laubu, poète-bricoleur et archéologue des objets », Le monde (03/04/2011)


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A VOIR ÉGALEMENT

- Sur les traces du ITFO
nouvelle création de Michel Laubu et son Turak Théâtre au Théâtre Gérard Philippe
du 8 au 30 mars 2014

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- Appartement témoin
installation du Turak, au Mouffetard-Théâtre des arts de la marionnette
pour une immersion en Turakie sous le vent de la fantaisiste et du surréaliste.
Du 16 février au 12 mars 2014
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Denis Pouppeville

Denis Pouppeville
exposition du 1er au 30 juin 2013

rencontre avec l’artiste autour de l’ouvrage Ubu enchaîné d’Alfred Jarry,
illustré par Denis Pouppeville,
éditions Fata Morgana, 2012

samedi 8 juin à 16 heures
Vernissage
& signature

Halle Saint Pierre – Librairie (entrée libre)

Écrite par Alfred Jarry en 1899, Ubu enchaîné est la contrepartie d’Ubu Roi.
Cette édition est enrichie par de nombreux dessins de Denis Pouppeville qui vient conforter les traits de cet univers grotesque.

Monstre sanguinaire et sans vergogne, malmené par ses ennemis alors qu’il part à la conquête de la Pologne dans le premier opus, Père Ubu décide dans ce nouvel épisode «de devenir bon et de se rendre utile», quitte à se faire esclave et être attelé aux galères. Mais rien ne change vraiment dans sa nature essentielle, féroce et outrancière, et sa tyrannie indomptable le conduira à devenir roi des prisonniers. Échappant à toute interprétation définitive, l’œuvre d’Alfred Jarry traverse les époques, alliant toujours modernité et parodie. (éd. Fata Morgana)

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Œuvres de Denis Pouppeville

 

Denis Pouppeville ou Les Mystères d’un humaniste

Denis Pouppeville, artiste inclassable à la fois peintre, dessinateur, illustrateur, est né au Havre en 1947. Il vit et travaille à Montreuil (93).

Dans son univers règnent la dérision et la tendresse. L’artiste, qui porte un regard sarcastique et altruiste sur le théâtre de la vie, fait jaillir un monde traversé de lueurs crépusculaires où rôdent d’énigmatiques personnages portant Gibus et Galuron.

« Figures de dérisions, aimables, minables, drolatiques et inquiétants, ce sont mes joyeux, mes tendres et pauvres compagnons. Allez, mes amis, encore un tour, un tour de piste pour s’étonner une fois de plus. » écrivait l’artiste en 2005.

Une technique éblouissante, un art de travailler la toile ou le papier « à l’ancienne » qu’on aurait pu croire perdu : son style intemporel, Denis Pouppeville l’inscrit dans la grande tradition classique qui a nourri son enfance, à l’instinct, dès les premières révélations, le choc des «grands maîtres» et qu’il s’est senti transpercé par cet art-là.

Son univers étrange, souvent inquiétant, imprègne chacune de ses créations d’une atmosphère, d’une tension devenues, au fil du temps, sa signature. «Rien n’est humain qui n’aspire à l’imaginaire» disait Romain Gary.
Celui de l’artiste, peintre, dessinateur ou graveur, révèle une humanité, tout en clair-obscur, attendrissante et pitoyable à la fois. Mais derrière l’oeuvre, une personnalité se découvre : généreuse, discrète, d’une incroyable modestie. Il fait partie des « êtres rares qui vous donnent à penser que l’on a bien de la chance de les connaître, de les fréquenter et, honneur suprême, de les exposer » confie sa galeriste Béatrice Soulié. Il est le seul artiste pour lequel, un jour, elle a vraiment eu envie de prendre la plume pour exprimer, au-delà de son admiration artistique, sa profonde affection.

Le Fil et le filin

L’histoire de Denis Pouppeville débute au Havre dans l’après-guerre. Fils unique d’une modiste et d’un pêcheur de la rude tradition des Terre-neuvas, il passe une enfance sans histoire,marquée cependant par les longues absences paternelles et l’univers exclusivement féminin qui entoure sa mère : les employées et les clientes. Dans l’atelier maternel règne une ambiance feutrée d’essayages, d’aiguilles et de rubans, de grands paquets… animée parfois de légères incursions proches de l’interdit !… « Je me souviens que mon oncle regardait derrière un rideau les femmes qui fréquentaient l’atelier » raconte-t-il en souriant. Comme beaucoup d’enfants, il aime dessiner, autant pour meubler son ennui que par passion pour les bateaux qu’il connaît parfaitement et reproduit jusqu’au moindre boulon. D’ailleurs, dès qu’il se trouve en promenade, son attention se porte systématiquement vers les artistes. On pratique alors beaucoup la peinture en plein air, à la manière naturaliste. Malgré sa « timidité extraordinaire », il n’avait de cesse que de s’en rapprocher, rêvant peut-être déjà de les égaler un jour. De santé fragile, sa scolarité est plutôt erratique. Le jeune Denis « cultive le cancre en lui ». Sans être vraiment mauvais élève, il est ailleurs. Dans les livres de classe, seules les illustrations l’attirent, notamment celles de l’incontournable Lagarde et Michard.

(Arts Hébdo médias)

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le bonhomme en chef

la vie sans queue ni tête
ou avec beaucoup de queues et beaucoup de têtes
denis pouppeville grand faiseur de bonhommes 
s’en donne à cœur joie
pour nous faire voir que la vie n’a aucun sens
et qu’il faut donc la mettre sans attendre sens dessus dessous
filles et bonhommes
sont emportés dans le grand manège du désir
cette ronde bidouillée avec encre aquarelle gouache huile et lavis
est tout éclaboussée et griffée de vie
des scènes grotesques et érotiques
allient la violence à la tendresse
dans un carnaval qui dure toute l’année
allons les bonhommes
si comme on le dit tout est vain
vivons en vin

                                                                             daniel hachard

 

Le travail de Denis Pouppeville a été présenté à plusieurs reprises sur les cimaises de la Halle Saint-Pierre, et aussi à la Fondation Rustin et à la galerie Béatrice Soulié.

en savoir plus : http://www.galeriebeatricesoulie.com/denis-pouppeville/

 

 

BANDITI DELL’ARTE

Francesco Nardi, Portes. Collection privée © Halle Saint Pierre

 
Après le succès de British outsider art,
Art Brut Japonais,
Hey ! modern art & pop culture
,
La Halle Saint Pierre présente pour la première fois en France une exposition entièrement dédiée à la création hors normes, italienne :

BANDITI DELL’ARTE
23 mars 2012 – 6 janvier 2013

Commissariat : Gustavo Giacosa
et Martine Lusardy


BANDITI DELL’ARTE, dans toute sa force poétique, est la première exposition majeure consacrée à la création hors norme italienne. Elle ouvre une porte sur l’univers particulier d’individus ayant créé en dehors de tout système artistique officiel ou d’instances culturelles reconnues.

Bien que le milieu de l’art soit maintenant familiarisé avec l’art brut, ce concept reste encore relativement étranger au public italien même si des artistes comme Giovanni Podestà et Carlo Zinelli jouissent d’une réputation internationale. Pendant plus d’un siècle, malgré les efforts et le soutien de quelques critiques d’art, en Italie la création “marginale” reste aujourd’hui souvent oubliée l par la culture officielle.

L’exposition BANDITI DELL’ARTE à la Halle Saint Pierre est un pas de plus vers une reconnaissance institutionnelle et critique des pratiques artistiques jusqu’ici pensées comme marginales, l’occasion de découvrir ces formes d’art oubliées par les institutions.

Carlo ZINELLI, "Trois Pinocchio", "Serpents et animaux" © Halle Saint Pierre

Giovanni PODESTÀ, Salle à manger, Collection La Fabuloserie © Halle Saint-Pierre

 

LES BANDITS DE L’ART PAR GUSTAVO GIACOSA

Melina RICCIO, Etoffes brodées © Halle Saint-Pierre

“On nomme bandits les rebelles qui fuient. On les a mis au ban de la société et la marge est leur seule issue. Sans terre ni maître, leur devise : tous pour un, un pour tous. Héros, champions, vengeurs, combattant pour leur idée personnelle de la justice, bien aimés et poursuivis. Sur la poussière de leurs errances, ils ont écrit leur histoire et dessiné leur légende.

Ce ne sont pas les bandits applaudis par les touristes anglais à la fin du XIX° siècle, enfermés dans les prisons du Château Saint-Ange, mais des contemporains en fuite pour échapper à un destin d’enfermement et d’oubli que j’ai rencontrés. Hommes seulement armés de pinceaux bien affutés qui défient les lois et les territoires de l’Etat Majuscule de l’Art. Leurs exactions saccagent les concepts, déchirent les définitions, violentent et tuent les catégorisations.

J’ai rencontré ces bandits de l’art. Ce ne fut pas facile de les approcher. Ni de les convaincre de quitter leurs refuges, de déjouer les résistances et, pour les disparus, le zèle de leurs maîtres. Avec certains, j’ai vécu dans la « marge », bu leurs breuvages, appris leurs chants et les ai transmis. Etre avec ces bandits exceptionnellement réunis lors d’un déplacement à l’étranger a formé une caravane bigarrée de nomades exilés.

Bienvenue, mesdames et messieurs, ici commence le Grand Tour au pays des bandits…de l’art ! »

 Gustavo Giacosa, commissaire

Giovanni BOSCO, Dessin © Halle Saint Pierre

 

LA CREATION EN HOPITAL PSYCHIATRIQUE ET EN ATELIER
D’EXPRESSION LIBRE

Avec l’arrivée des neuroleptiques et la naissance d’un mouvement anti institutionnel qui rejoint la contestation politique, le concept d’asile est fortement remis en question. Les changements opérés dans les hôpitaux psychiatriques sont un des aspects d’une transformation plus large. La société des années 60, avec le développement des transports, des moyens de communication de masse, de la scolarisation obligatoire, et d’une contestation des institutions traditionnelles, favorise une plus grande ouverture, échanges, contacts, mobilité donnant naissance à un flux toujours plus important d’informations, de savoirs et d’images partagés.

En 1957, à l’intérieur de l’hôpital San Giacomo alla Tomba de Vérone, les artistes Michael Noble et Pino Castagna initient une expérience pionnière en proposant un atelier qui se démarque à la fois des écoles traditionnelles de dessin mettant en jeu des pratiques autoritaires et contraignantes dans le cadre de  l’ergothérapie et de celles plus contemporaines de l’art thérapie. Michael Noble, miroir silencieux de l’Autre, ne fixait aucune limites, ne donnait ni objectif ni modèles à suivre, mais savait être à l’écoute et laissait émerger dans la spontanéité les visions enfouies. Il est devenu sans le vouloir une référence pour les ateliers ultérieurs.

A partir de 1978, avec la mise en vigueur de la loi 180 et la transformation des anciens hôpitaux psychiatriques en structures ouvertes, les ateliers de création se développent. Parmi ces laboratoires, tous très  différents dans leurs objectifs et leurs motivations, émergent quelques éléments communs. Ces ateliers, surgis spontanément à partir de l’initiative individuelle d’un artiste ou d’un critique d’art, ont tous en commun d’encourager la liberté d’expression des patients, en leur donnant un lieu adéquat, des outils techniques et conceptuels adaptés et en général, un encouragement en  même temps attentif et distancié.

Fausto BADARI, sans titre, 2011 - Atelier La Manica Lunga - Fondazione Sospiro©Halle Saint-Pierre

Parmi les nombreux créateurs formés dans ces laboratoires, beaucoup ont trouvé un accueil dans le monde hétérogène et vaste de l’art brut / art singulier. Parmi les ateliers présents dans cette exposition, Blu Cammello du Centro Residenziale Franco Basaglia de Livourne, La Manica Lunga, officina creativa de la Fondation Sospiro de Crémone, et enfin le plus récent, Asfodelo de Borgo Taro (région de Parme).

Giovanni GALLI, sans titre, 2005 - Collection la Tinai © Halle Saint Pierre

Francesco BELLUCCI, Assemblage, 2007©Atelier Blu Cammello

 

ART POPULAIRE CONTEMPORAIN ET ENVIRONNEMENTS FANTASTIQUES

Rosario LATTUCA, Grisauro, 1985 © Halle Saint Pierre

Le deuxième étage de la Halle Saint Pierre est ainsi consacré à des représentants de l’art populaire contemporain qui, sans procéder de la rupture mentale radicale des auteurs d’art brut proprement dits, sont assez indépendants du système des beaux-arts pour créer une contestation institutionnelle et culturelle. Les portes détournées de Francesco Nardi, les peintures de Pietro Ghizzardi, les sculptures en bois de Rosario Lattuca et de Luigi Buffo, les bas-reliefs en pierre de Nello Ponzi et Joseph Barbiero en sont les témoignages les plus significatifs. Relevant d’une ethnologie imaginaire, le travail de Luigi Lineri, collectant et classifiant systématiquement  des pierres, vient ébranler le concept d’installation. En dehors de toute orchestration collective, Giovanni Bosco et Melina Riccio créent leur propre art de la rue, inscrivant sur les murs de la ville leur parole intérieure.

Pietro Ghizzardi, Spagnola, 1969 © musée Ghizzardi

Focus sur Pietro Ghizzardi                                 

L’œuvre de Pietro Ghizzardi se réclame de cette fusion totale avec une nature dont la totalité lui échappe. Sa peinture surgit d’un corps à corps douloureux avec « l’ingouvernabilité » des lois de la nature comme possibilité de salut et demande de protection. Ghizzardi commence à peindre sur les murs et des feuilles de carton d’emballage accumulés dans la maison, sous la contrainte de ces forces, à la suite d’une crue du fleuve Po. Il transforme les éléments naturels en alliés techniques : de la suie pour tracer les contours, des herbes broyées pour les couleurs. La fougue créative avec laquelle il crée est une amoureuse possession divine, une katakoké socratique, condition d’une dislocation de soi qui le pousse continuellement à désirer et à attendre. L’attraction vers une grande Mère nourricière et protectrice se fait d’instinct. Actrices, saintes, comtesses, paysannes : mères séductrices et putains saintes réunissent à nouveau la tension médiévale entre la sainteté et le démoniaque.

La création spontanée s’exprime également dans des constructions et environnements   fantastiques, comme L’Ermitage de Vincent Brunetti. Impossible à déplacer ou à dupliquer, ils sont présents dans l’exposition grâce à des témoignages photo ou vidéo, seul moyen pour en rendre compte et conserver la mémoire de ces architectures  en plein air.

Vincent Brunetti© Halle Saint-Pierre

Je ne crois pas que le facteur Ferdinand Cheval ait trébuché sur une pierre, le jour où il distribuait le courrier. Je crois plutôt qu’il aimait le raconter à ses visiteurs lorsqu’il se faisait photographier en uniforme devant le Palais Idéal, et nous aimons l’imaginer tandis qu’il trébuche sur la pierre qui donnera naissance à sa vision. Cependant le moment est venu d’entreprendre d’autres chemins, de trébucher sur d’autres pierres, pour affirmer pleinement l’appartenance à la culture des « inspirés du bord des routes ».

Il s’agit d’artistes autodidactes et marginaux qui ont consacré diverses années de leur vie à une œuvre totale, souvent entourée d’indifférence et d’hostilité. Des maçons et des ouvriers qui, dans leurs petits villages d’origine, sur leur maison ou tout autour, ont donné vie à des architectures et à des microcosmes de l’imaginaire, souvent destinés à la destruction : un jardin sculpté, un recueil de la mémoire ou de la merveille, un château aux étages superposés, en utilisant presque toujours des matériaux recyclés.

Le parallèle avec l’histoire de l’anthropologie est fécond. Les monographies classiques de la matière célèbrent la « découverte » de l’autre à travers une rhétorique précise : le héros-anthropologue qui s’éloigne de l’Occident, surmonte les obstacles, rencontre de façon dramatique – dans une sorte d’épiphanie – une civilisation indemne de contacts, il l’étudie et en cueille les sens les plus profonds. A son retour, il pourra traduire les mots en une monographie et les objets en un musée. Pendant longtemps, on a associé des tribus spécifiques à un anthropologue et à ses disciples : si un autre chercheur s’approchait de la tribu, cela pouvait être considéré comme un manque de respect…

Nous avons appris que ceux que nous croyions « non contaminés » par l’Occident avaient en réalité une longue série de contacts, que la sélection et la censure des informations sont comme toujours utilisées pour les théories énoncées, que les stratégies et les obsessions personnelles de l’anthropologue et des informateurs se mélangent. L’appartenance, la mémoire, l’identité sont des processus créatifs et changeants, composés de différents éléments : il s’agit justement d’une construction babélique.

Ces « maçons de l’imaginaire » qui – loin d’être primitifs, maîtres de vie, naïfs ou autre – apparaissent dans ce dialogue comme des « collègues » qui doivent avoir un rôle actif, dans la lecture tout comme dans la tutelle de leurs œuvres. Il s’agit de chercheurs tourmentés, incapables de s’arrêter, pris par un projet qui ne les fait pas dormir la nuit; ou encore des architectes, des scénographes, des restaurateurs, des historiens et des critiques de leur art à travers des explications toujours semblables. Ce sont les créateurs de leur « egomusée », la mémoire historique et le guide idéal, et nous, visiteurs, l’appareil photo en bandoulière, nous perpétuons ce qu’ils disent, en élaborant les clés de lecture qu’ils nous livrent. Ce sont des anthropologues, parce qu’ils synthétisent dans leur entreprise un monde d’une manière significative. En un mot : de « outsiders à insiders ».

 Gabriele Mina, in Insiders, les constructeurs babéliques et nous

COMMISSARIAT                                                                                                                    

Gustavo Giacosa © DR

Argentin d‘origine, Gustavo Giacosa rencontre en Italie Pippo Delbono et sa compagnie en 1991, avec qui il commence son parcours de formation. Depuis lors, il participe activement à toutes ses productions théâtrales et cinématographiques.

Il fonde en 2005 à Gênes, avec un groupe multidisciplinaire d’artistes, l’Association Culturelle ContemporArt et commence à  développer une recherche sur le rapport art-folie dans les arts visuels. Il est le commissaire de nombreuses expositions sur cette thématique, parmi lesquelles Due ma non due. Ouvertures et rencontres artistiques dans les années post-Basaglia (Loggia della Mercanzia, Gênes, 2008) et  Noi, quelli della parola che sempre cammina (Museoteatro della Commenda di Pré, Gênes, 2010).

Il devient en 2010 directeur artistique de l’espace culturel ContemporArt Ospitale D’Arte (Villa Piaggio).

Martine Lusardy © DR

Martine Lusardy est directrice de la Halle Saint Pierre, initiatrice de son projet culturel et commissaire d’expositions depuis 1995.

 

 

 

 

 

 

 

 

AUTOUR DE L’ EXPOSITION                                                                                               

Catalogue de l’exposition
environ 300 pages/500 illustrations
bilingue français/anglais
Editions Halle Saint-Pierre

Concerts mensuels : Carte blanche aux écrivains fous de piano, une programmation de Catherine David.
Activités jeune public : visites contées
Evénements littéraires : rencontres/lectures
Colloques  mensuels de l’association pour l’étude du  surréalisme, organisés par Françoise Py, maître de conférence à l’université Paris VIII
Séminaires mensuels  : Art-thérapie et changement de paradigme , organisés par les docteurs Jean-Pierre Klein et François Dingremont de l’INECAT (Institut National d’Expression, de Création, d’Art et Thérapie)
Festival du film hors-normes : 1ére édition 23-24 mars ; 2ème édition prévue en décembre 2012 (dates à suivre sur le site)