José Guirao

Exposition du 1er au 31 mai 2024
Dessins – crayons couleur

Halle Saint Pierre –  à la librairie

Présentation par Bruno Montpied,
Artiste, collectionneur et critique d’art

José Guirao, originaire d’Arles, et issu de parents espagnols, s’est mis au dessin avec assiduité et acharnement assez récemment, vers 2015, d’abord en noir et blanc, suite à des problèmes de santé. Mais, comme il l’a écrit, il dessinait déjà un peu, dans sa jeunesse, puis par intermittence les années suivantes. Son expression favorite, parallèlement, était davantage la photographie à laquelle il s’appliquait sans la moindre formation mais avec un sens esthétique affirmé. Il a longtemps gagné sa vie comme animateur du périscolaire à la Ville de Paris.

Ses dessins actuels sont généralement exécutés au format 50 x 65 cm sur papier. Il utilise essentiellement les crayons de couleur. Il s’agit pour lui de bâtir des compositions mettant en scène, dans un ordre en apparence aléatoire, un vocabulaire d’objets limité, petites maisons que l’on dirait issues d’un jeu de Monopoly, têtes de mort, ossements, serpents, oiseaux, poissons, petites voitures, personnages larvaires… Les têtes ont des expressions parfois endormies, stupéfaites, voire hébétées, comme si ceux qui les portaient étaient la proie d’une intense angoisse ‒ peut-être devant leur propre finitude ?
(Du même auteur « José Guirao, dessinateur par réaction vitale » dans Création Franche n°42 – Bégles, juin 2015).

Impressions de Régis Gayraud,
Universitaire slaviste, écrivain, collectionneur et amateur d’art singulier

José Guirao vit dans un quartier de Paris plutôt disgracieux, mais depuis sa tour, il voit toute la ville. Je suis allé chez lui et j’ai aimé, sitôt passé le seuil de sa porte, la douceur inattendue de cet appartement, et sa grande table de ferme flanquée de bancs qui vous invitent à boire le vin du Sud. Sur cette table, il m’a montré ses œuvres tandis que la radio déversait l’ouverture de Tannhauser. Certains dessins avaient une géométrie de tapis berbères. Le premier sautait aux yeux avec une évidence de blason jailli de l’inconscient : quatre animaux noirs veillaient deux osselets sur fond d’or, étirant leurs extrémités tels les plombs d’un vitrail saturé de maisonnettes toutes identiques, rangées comme des phobies grises dans un cerveau obsessionnel. Ensuite surgirent poissons, oiseaux, lézards, puis des hybrides d’humains et de poulpes, et même des matriochkas. Cela sur des fonds somptueux, dessinés au stylo-bille à petits traits croisés tissant des trames serrées, ou par à-plats de couleurs bien tempérées. José dessine sur un arrière-plan musical, s’abandonnant au choix des programmateurs de France-Musique, station qu’il met fort à l’autre bout de l’appartement, ouvrant toutes les portes pour que le son l’envahisse, qu’il soit jazz, classique, baroque… C’est ainsi que José ouvre grand son espace, chasse les idées noires et dirige l’orchestre des couleurs, là-haut dans sa tour comme une vigie dressée par-dessus notre grisaille.