Anaïs Eychenne

CONFERENCE
Une approche de l’œuvre d’Anaïs Eychenne :
entre art, physique et mathématiques


par Jean-Pierre Marco
Enseignant-chercheur à Sorbonne Université et à l’Observatoire de Paris

Des œuvres d’Anaïs Eychenne sont montrées dans l’exposition HEY! Le dessin

Samedi 7 mai à 15 heures – entrée libre
Réservation conseillée : 01 42 58 72 89


Anaïs Eychenne, 1984
L’enfance d’Anaïs Eychenne est tout entière tendue vers la nécessite de pallier les insuffisances de sa proprioception et les distorsions de sa perception du monde. C’est en contemplant une photographie du satellite artificiel “Hipparcos” qu’elle entrevoit pour la première fois une solution lui permettant de se positionner et de se mouvoir dans l’espace de manière autonome et cohérente. Il s’en suit la lente élaboration – encore en cours aujourd’hui – d’un système de calcul complexe visant à organiser et interpréter les données incomplètes que lui livrent ses sens. Elle découvre en parallèle les beautés et les dangers de la physique nucléaire et développe une relation étroite avec le monde des oiseaux, ainsi qu’une étonnante virtuosité dans la représentation picturale du monde et des phénomènes physiques. Ses premières œuvres (kalamkaris) mêlent une symbolique “naïve” à la description en profondeur du monde physique. Lui succèdent en quelques années d’autres kalamkaris beaucoup plus élaborés – d’une puissance esthétique envoutante – dans lesquels se mêlent représentations symboliques et applications de sa méthode de “calcul”, recouvrant ainsi par des pavages savamment construits la toile support de l’œuvre. Ses travaux les plus récents témoignent, à un niveau encore plus fondamental, de sa capacité de modélisation et de représentation esthétique des phénomènes physiques aussi bien que biologiques.

La conférence
Nous nous attacherons dans cet exposé à retracer à travers des illustrations commentées l’histoire de ce parcours esthétique singulier et en constante évolution. Nous nous appuierons sur quelques œuvres maitresses (kalamkaris : “Les 4 interactions”, série des “Trous Noirs”, “Toiseaux” ; dessins nucléaires) ainsi que sur des dessins d’oiseaux nourris par des observations d’une étonnante précision, mettant particulièrement en relief l’intérêt du système intérieur d’interprétation et simulation développé par Anaïs Eychenne.

Jean-Pierre Marco est enseignant-chercheur à Sorbonne Université et à l’Observatoire de Paris. Ses recherches portent sur l’étude mathématique de l’évolution à long terme de certains systèmes physiques (système solaire), ainsi que sur l’étude générale de la complexité de ces mêmes systèmes.

Anaïs Eychenne
Atteinte depuis sa naissance de trouble du spectre autistique (TSA), Anaïs Eychenne dessine depuis toujours. Le début de sa scolarité au collège est difficile, Anaïs a du mal à comprendre ce que l’on attend d’elle. En 1998, son professeur de mathématiques de quatrième observe chez elle des aptitudes exceptionnelles dans sa discipline. Grâce à ce soutien, et malgré de nombreux problèmes de santé la maintenant alitée parfois plusieurs semaines, elle achève son parcours en filière générale. À la suite d’une crise survenue au début de l’année 2000, la jeune fille découvre un moyen de se soigner grâce au magnétisme dégagé par certains minéraux de son choix. Elle met au point une méthode d’autoguérison, qu’elle pratique et approfondit depuis. En 2010, elle découvre la technique du kalamkari lors d’une démonstration organisée par l’association caritative H3K, un art ancien dont on situe le berceau en Andhra Pradesh (au sud de l’Inde). Chacun de ses dessins obéit à une préparation minutieuse et complexe. Sa rencontre, en 2014, avec le galeriste Pol Lemétais (musée des Arts Buissonniers, Saint-Sever-du-Moustier, France) est décisive, lui permet aujourd’hui de créer et d’exposer son travail.