La Halle Saint Pierre 08/02/2010

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A l’heure où l’Art Brut trouve la place qui lui ait due sur la scène de l’Art Contemporain et où l’artiste majeur de la Collection de l’Art Brut, Aloïse, fait l’objet d’une importante rétrospective au Japon, un panorama de l’Art Brut Japonais sera présenté au musée de la Halle Saint Pierre du 24 mars au 2 janvier 2011.

 

Cette exposition rassemblera une soixantaine d’artistes et plus de 300 œuvres : dessins, peintures et notamment un grand nombre de sculptures.

Ce sera, d’une part, l’occasion de comprendre le caractère universel de l’Art Brut dans le champ de l’Art Contemporain grâce à certaines œuvres « archétypales » et d’autre part, de mettre en lumière une expression singulière propre à la culture japonaise.

 

C’est la première fois qu’un projet d’une telle envergure sera présenté en dehors du Japon : regard croisé de commissaires français et japonais.

 

 

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 Art brut : la nouvelle vague japonaise

 

 

Une vague japonaise sur Montmartre ? (…)

 

Ce qui frappe en effet de prime abord lorsqu’on se trouve confronté à ce foisonnant corpus constitué par les œuvres des 67 créateurs réunis dans l’exposition du Musée de la Halle Saint-Pierre c’est la diversité des solutions plastiques adoptées pour répondre en dernière instance à une question unique, celle de la collaboration de chacun avec son propre fond inconscient.

 

Takahiro Shimoda décore des pyjamas de motifs coloriés à la grosse parce qu’il veut dormir dans ce qu’il aime le plus : les œufs de saumon, les gâteaux ou son pénis.

 

Kaoru Kudo travaille avec un fol entrain à la fabrication d’élégantes coiffures en papier-toilette dont l’accumulation finit par poser des problèmes d’encombrement à sa thérapeute.

 

Mineo Ito ne fait que décliner son nom en processions chenillées.

 

Moriya Kishaba aligne avec une infinie patience des milliers d’idéogrammes qui ont pour particularité de ne pas faire sens (…)

 

Takashi Shuji donne sa préférence à des masses noires et bleues se découpant franchement sur des surfaces ambrées comme des laques pour représenter les formes essentielles des choses.

 

Yoshimitsu Tomizuka noie ses compositions dans une multitude de représentations diffractées et dans une soupe d’écrits où il garde trace des menus événements de sa vie (…)

 

Satoshi Nishikawa empile sans repentirs des formes serpentines, en argile vigoureusement roulée à la main (…)

 

Shinichi Sawada, de ses doigts fuselés, ajoute paisiblement l’une à l’autre des épines à des totems-cactées ou à des boules piquantes à la façon des poissons-hérissons qui se gonflent pour faire peur.

On multiplierait facilement les exemples plus ou moins contradictoires. L’hétérogénéité n’est pas moindre sur le plan des techniques.

 

Keisuke Ishino fait un usage immodéré du ruban adhésif pour faire tenir debout ses robots de cartoons.

 

Atsushi Yokoyama conglomère des prospectus de couleurs pour fabriquer ses pastiches de l’éléphant-emblème d’une firme pharmaceutique.

 

Tsukasa Iwasaki inscrit ses peintures dans des cadres élaborés et insolites, réalisés à partir de publicités prélevées dans les journaux.

 

Yoshio Hatano représente avec une précision minutieuse des intérieurs chargés de meubles et d’accessoires en se servant de boîtes de carton plutôt que d’une règle millimétrée.

 

Masao Obata reste fidèle, pour représenter ses couples rouges, aux emballages jaunâtres et discrètement ondulés qu’il trouve dans la cuisine de l’établissement où il vit. Non sans en arrondir les angles toutefois.

 

On chercherait vainement dans cette harmonie dissonante de variétés irréductibles une école nipponne. Même si l’on goûte avec Takashi Shuji à une sorte de cérémonie lorsqu’il impose dans la forme l’idée pure d’un bol de thé. Même si l’on reconnaît dans le travail en estompe de Hirotaka Hatana ce fameux « lustre de la main » que Junichirô Tanizaki célèbre dans Eloge de l’ombre.

 

Nous pouvons bien suivre Yuji Tsuji dans le touffu dédale d’une ville japonaise qu’il reconstitue de mémoire à partir d’un détail précis ou reconnaître dans le travesti d’Eijiro Miyama le souvenir lointain d’une de ces fêtes villageoises d’autrefois dont on peut se faire une idée grâce au Village des moulins à eau, une séquence du film Rêves (1990) d’Akira Kurosawa.

 

 

En ce qui concerne le Pays du soleil levant, il convient en effet, comme le dit Chris Marker (3), de « contourner l’idée reçue de prendre le contre-pied des idées reçues ».

Il n’en demeure pas moins que les emprunts de nos créateurs japonais au petit matériel de leur « japonitude » ambiante ne constituent finalement que des données circonstancielles. Chacun agit pour lui-même et avec ce qu’il a sous la main, en fonction de sa démarche mentale prévalente. En aucun cas leur culture (ou ce qu’ils ont pu en intégrer) ne constitue l’agent fédérateur de leurs travaux. La preuve en est qu’ils entrent sans peine en cousinage avec des créateurs de même type mais occidentaux. Parmi ces symétriques dont ils ignorent évidemment tout, on peut citer Boris Bojnev pour ses « auras » où il inscrit des ready made retouchés, Jean-Pierre et ses cartographies (4), Willem Van Genk et ses villes fourmillantes ou, pour leurs costumes exubérants, Vahan Paladian, Giovanni Podesta (…).

La règle fondamentale de l’art brut n’est donc pas contrariée. Japonais ou français - à supposer qu’il puisse avoir une nationalité - l’art brut ne fait pas système. Il ne se résume pas à un style ou à un nombre limité de procédés, même si chaque création qui en relève fonctionne selon le principe d’un auto-ressourcement permanent. Sa cohérence doit être cherchée ailleurs. Du côté du décalage productif qui toujours le caractérise.

Cela oblige notre raisonnement à fonctionner à rebours ? Oui.

A tourner momentanément le dos à ces critères d’ordre et de logique auxquels nous devons nous en remettre dans notre vie courante éprise d’adaptation sociale ? Oui.

A cette façon de nous jeter sans bouée de sauvetage à l’autre pôle de l’intelligence, nous reconnaissons dans ces œuvres venues du Japon le grand vent de l’art brut. Une dé-raison fondatrice domine ici et cette exposition est pour nous la chance d’en expérimenter quelques unes des infinies ressources.

Qu’il se présente sous un jour obsessionnel (par exemple dans les foules de Shido Ueda, les alignements ferroviaires de Hidenori Motooka) ou dans une note apparemment plus indisciplinée (dans les peintures de Toshihiko Shiga), ce vagabondage itératif de la main et de la pensée est, plus qu’un ordre, propice à nous faciliter l’accès à cet inexprimable qui fait le cœur obscur de nos vies.

Non que ces œuvres soient détentrices de solutions existentielles voire de réponses métaphysiques. (…) Loin d’exprimer une doctrine cosmique commune, chacune révèle plutôt, à sa façon, une poétique cosmique particulière.

Si Dieu il y a dans leur univers, chacun le leur. Encore porte-t-il toujours un masque comme un acteur du théâtre Nô. Il ne se trouve que dans la redoutable proximité avec ce que Jacques Lacan désigne comme l’Autre. On ne saurait bâtir sur lui une quelconque théorie du sacré, fût-il rénové. 

A l’instar de Luigi Pirandello, les créateurs japonais présentés ici sont « fils du chaos » (5).  Non d’une manière allégorique mais parce que le chaos d’où ils émettent, ce n’est pas leur pays lui-même mais ce qu’ils portent en eux de différences suffisamment contradictoires pour engendrer cette « étoile qui danse » dont parle Zarathoustra (6).

Même filant, même vacillant, un fanal au sein de cette galaxie absurde et réelle que constitue l’esprit humain est toujours bon à suivre.

 

Jean-Louis Lanoux
Extrait du texte du catalogue

 

 

 

 


CHOMO
Le Débarquement Spirituel
10 septembre 2009 – 7 mars 2010

 
              
L’Église des Pauvres                                           Photo de tournage «  Le Débarquement Spirituel »



Hommage à Chomo (1907-1999)
 

 

Il y a dix ans mourait Chomo, l’ermite de la forêt de Fontainebleau, artiste total à la fois poète, musicien, peintre, sculpteur, architecte, et auteur d’un film récapitulatif de toute son œuvre, plus long que le Mahâbhârata : Le Débarquement Spirituel. Une véritable légende vivante, dont l’empreinte est profonde sur tous ceux qui l’ont rencontrée.

 

Des milliers de visiteurs, de toutes conditions, ont été admis, au fil des ans, dans le territoire mythique de son Village d’Art Préludien, sur la commune d’Achères-la-Forêt, non loin du Cyclope de Tinguely et de la chapelle Saint-Blaise-des-Simples, où est enterré Cocteau, à Milly-la-Forêt. D’Angleterre, des Etats-Unis, d’Allemagne, du Japon, la télévision est venue filmer l’Eglise des Pauvres, le Sanctuaire des Bois Brûlés ou le Refuge, trois chefs d’œuvre de l’architecture spontanée de Chomo, réalisés, comme toute son œuvre, en matériaux de récupération : bois morts de la forêt, grillage, plâtre, bouteilles, tôles de voitures, glanés dans les sous-bois, les décharges publiques et les casses automobiles des environs.

 

Déjà, en 1960, les derniers surréalistes, André Breton, Dali, Joyce Mansour, Henri Michaux, mais aussi Cocteau, Anaïs Nin, le peintre Atlan, les galeristes Claude Bernard et Iris Clert ou même Picasso, avaient admiré, à Paris, les Bois Brûlés de Chomo, ses assemblages de verre et ses toiles lacérées, dans l’unique exposition qu’il devait consentir avant de se retirer du monde. Par la suite, sur les traces de Clara Malraux, mandatée en son temps par le Ministère des Affaires Culturelles pour faire protéger le site à ses débuts, des personnalités aussi différentes que Bernard Anthonioz, Jacques Attali, Henri-Claude Cousseau, Jean-Hubert Martin, se sont rendues dans le « Royaume » de Chomo, pour voir de plus près celui qui se disait aussi médium et guérisseur et vivait dans une telle symbiose avec ses abeilles qu’une séquence « choc » lui a été consacrée, en 1965, dans un film d’Edouard Logereau, Paris-Secret.

 

Bernard Lassus, Michel Ragon, les peintres Jean Revol, Lisette Combe et Jean de Maximy, le sculpteur Josette Rispal, les photographes Jean-Paul Vidal, Marcus Schubert, Jean-Claude David, Pascal Brousse, Minot-Gormezano, le psychiatre Gaston Ferdière, Michel Thévoz, de la Collection de l’Art Brut de Lausanne, Jean-Paul Favand du Musée des Arts Forains, John Maizels, de la revue internationale Raw Vision, et beaucoup d’autres ont été parmi les admirateurs et défenseurs de l’univers de Chomo. Clovis Prévost et Antoine de Maximy lui ont consacré un film. J’ai moi-même recueilli les souvenirs et les pensées de Chomo, dans un livre iconoclaste publié en 1978. France Inter, France Culture, Radio Libertaire sont venus enregistrer la poésie sonore, les musiques expérimentales et les propos détonants de cet écologiste avant l’heure, grand pourfendeur de la société de consommation, auquel une Fondation a même été un temps dédiée, destinée à protéger le lieu et l’oeuvre de Chomo.  

 

Mais Chomo était un irréductible, et s’il avait décidé de poursuivre son œuvre en-dehors du circuit des galeries et du marché, payant sa rébellion au prix fort de l’inconfort et de la solitude, c’était pour préserver sa liberté totale d’esprit et de création, pour pouvoir sans entraves enseigner sa voie à tous ceux qu’il prenait au piège de son rêve, et pour rester jusqu’au bout fidèle à sa révolte contre une société qu’il estimait gravement dévoyée, sur une planète elle-même en grand danger.

 

Depuis dix ans, l’univers de Chomo n’est plus accessible au public, et ce créateur inoubliable, ce visionnaire tourmenté par tous les excès de l’inspiration, auteur de centaines d’expériences de tous genres en sculpture, peinture, poésie, musique, cinéma, est en passe de disparaître de l’écran de nos mémoires. Il était temps que la France reconnaisse cet artiste extraordinaire, trop longtemps cantonné dans les curiosités du bord des routes, et rende hommage à celui que le chanteur britannique Jarvis Cocker, dans son road movie Journeys into the Outside (Voyages dans l’ailleurs), tourné l’année même du décès de Chomo, considérait déjà comme un monument du XXème siècle. Ce sera l’honneur et la fierté de la Halle Saint Pierre d’avoir eu, la première, ce souci et ce privilège. Puissent, dans cette lancée, les pouvoirs publics prendre les décisions qui s’imposent afin de consacrer à Chomo, sur le lieu où il a vécu, le musée qu’il mérite.

 

Laurent Danchin

 

 

Commissaires de l’exposition :
Laurent Danchin, Critique d’Art et Écrivain

Martine Lusardy, Directrice de la Halle Saint Pierre

 

 

   

La Chouette                                                        Bébé d’orage 

 

 

 Chomo

 

 

 

2 FILMS PRESENTÉS EN PERMANCE DANS L’EXPOSITION :

 

Chomo Le Débarquement Spirituel

Images de lumière

 

Tourné de 1988 à 1991 par Clovis Prévost, avec la collaboration de Jean-Pierre Nadau et la contribution de Claude Clavel. Avec une bande sonore originale de Chomo. Durée 32 minutes

 

La version définitive de ce film sera présentée au public pour la première fois en fin d’année.

 

Chomo, d’Antoine de Maximy, 1985. Durée 26 minutes.

 

« Chomo se considère comme créateur non pas de formes artistiques mais de formes de vie et d’images de lumière. Le gigantesque double qu’il a édifié autour de lui est un authentique
contre-monde parallèle, nostalgie d’une harmonie cosmique perdue. » C.Prévost

 

 

PUBLICATION

 

Chomo, écrit par Laurent Danchin, éditions Halle Saint Pierre, septembre 2009

Disponible à la librairie de la Halle Saint Pierre

 

 

 

Quelques pensées de Chomo

 

Guérir par le refus de la connaissance.

Attention au gouffre du raisonnement !

Une seule porte de sortie : le rêve !

Avoir osé aller jusqu’aux extrémités de l’âme.

L’homme a plus besoin de mystère que de pain.

L’illuminé, c’est celui qui croit à l’impossible.

Je ne suis pas instruit des hommes, je suis instruit du ciel.

Emettez des cellules d’amour.

Vivre non pas pour être mais pour devenir.

Dépassée la frontière de la souffrance, c’est la béatitude.

Crée ou aide à créer si tu ne peux le faire.

La vitesse est une insulte au créateur.

Le critique d’art est un danger public.

La religion meurt avec sa définition.

Chomo, gardien des valeurs spirituelles à l’état pur.

Je suis riche de pauvreté, ils sont pauvres de richesse.

 

 

 

Chomo (1907-1999) : éléments biographiques

 

 

1907 : naissance de Roger-Edmond Chomeaux, dit Chomo, à Berlaimont (Nord), le 28 janvier 1907. Son père tient un magasin d’articles de pêche. Très tôt le fils Chomeaux manifeste des dons pour la sculpture. Sa tante l’initie au spiritisme.

 

1921-1925 : études aux Ecoles Académiques de Valenciennes, après un Certificat d’Etudes obtenu de justesse. Prix d’Esquisse et de Modèle Vivant, prix de la Plante Vivante et de la Tête d’Expression.

 

1926-1928 : études à l’Ecole Nationale des Beaux-arts de Paris, dans l’atelier de sculpture de Jules Coutan. Y sera lauréat de quatre prix de sculpture académique : 2ème mention au concours « Figure modelée d’après l’antique », première médaille du Prix Doublemard avec « Un paysan regarde le ciel, un soir. », seconde médaille au Prix Lemaire et Première mention au concours de la « Tête d’Expression ».

 

1929-1940 : mariage avec Germaine Amélie, caissière de la maison Latreille.  Naissance de Michel Chomeaux, l’aîné de quatre enfants (Daniel, Geneviève, et une petite fille, Monique, morte à six mois d’une erreur médicale). Roger Chomeaux est « artiste décorateur » pour la maison Delarive où il dessine des canevas de tapis dans tous les styles. Le couple Chomeaux habite à Arcueil puis emménage à Paris, rue des Grands Augustins. Création des « laines Minerve », vendues à domicile.

 

1940-1942 : captivité en Pologne. Rapatriement sanitaire en juin 1941. Achat d’un hectare de forêt à la sortie du village d’Achères, dans la forêt de Fontainebleau. Construction d’une petite maison préfabriquée.

 

1943-1960 : premières expériences cinématographiques. Vacances familiales à Achères-la-Forêt. Achat des premières ruches. Pendant vingt ans, Roger Chomeaux partagera son temps entre Paris et Achères. Grandes gouaches stylisées, série de céramiques. Découverte de la technique des Bois Brûlés, moulages de plâtre, assemblages de verre cassé. Après la rencontre du poète André Vernier, dit Altagor (1915-1992), Roger Chomeaux devient Chomo et adopte une écriture phonétique en guise de « langage parallèle ». 

 

1960 (mai juin) : exposition des Bois Brûlés de Chomo à la galerie Jean Camion, rue des Beaux-arts, à Paris. Visite du groupe surréaliste, de Jean Cocteau, de Picasso, d’Henri Michaux, d’Anaïs Nin. Enorme succès mais Chomo refuse de négocier et fait échouer les ventes les plus importantes.

 

1960-1963 : Suite des expériences d’apiculture. Série de collages et de papiers froissés, construction du Sanctuaire des Bois Brûlés avec des arbres morts, du grillage, du staff et des bouteilles.

 

1964 : au printemps ouverture du Centre d’Art Total Préludien, avec l’aide d’un jeune voisin, ingénieur en bâtiment, Claude Clavel. Une collaboration amicale qui durera environ dix ans. Chomo acquiert une réputation de médium et guérisseur.

 

1964-1967 : construction de l’Eglise des Pauvres, puis du Remorqueur Réfrigéré, ensuite appelé Le Refuge. Intervention de Roger Frey puis d’André et Clara Malraux pour protéger le site et mettre fin aux plaintes du voisinage. Documentaire de Jacques Ertaud sur le Village d’Art Préludien. Chomo figure, le visage couvert d’abeilles, dans une séquence « choc » du film d’Edouard Logereau, Paris-Secret. A Paris, tournage d’un film d’art expérimental, « Le premier jour est né », avec Claude Clavel. Au cours de l’hiver 1966, Chomo décide de ne pas retourner à Paris et passe son premier hiver dans la forêt, récupérant ses matériaux dans les décharges et les poubelles. Premières expériences de plastique fondu.

 

1968 : Revenu à Paris pour soigner une intoxication aux vapeurs du plastique, Chomo participe à Mai 68.

 

Années 1970 : sculptures de grillage et de plastique fondu, masques en mosaïque de brique et de porcelaine, série des Machâmes et des sculptures en grillage blanc. Poèmes et expériences sonores enregistrées au magnétophone. Construction du souterrain blanc, puis du « Couloir du Rêve ». Premiers enregistrements pour France Culture et France Inter, reportage télévisé pour Antenne 2. En 1978, parution de Chomo, un pavé dans la vase intellectuelle, propos recueillis par Laurent Danchin, et diffusion de Chomo, le fou est au bout de la flèche, documentaire de Claude et Clovis Prévost. Le Village d’Art Préludien est présenté à l’exposition des Singuliers de l’Art et commence à recevoir de nombreux visiteurs.

 

Années 80 : sculptures en béton cellulaire (Siporex), série des Mémoires, grandes peintures bleues sur contreplaqué. Sculptures de plâtre blanc, « dessins proposés au soleil » et « gouaches sous la pluie », « Jouets stigmatisés » et « Bois de sèverine », série des « encrines ». Chomo recouvre sa maison de fresques cellulaires et y peint « La chute des étoiles ». Décès de Madame Chomeaux. Première mention de Chomo dans un ouvrage de portée internationale : Les Bâtisseurs du Rêve, tournage de la télévision japonaise. Visites de Henri-Claude Cousseau, Bernard Anthonioz, Jacques Attali, Jean Hubert-Martin, exploration photographique de Minot-Gormezano. Documentaire d’Antoine de Maximy, création d’une association de sauvegarde, la Fondation Chomo. Un groupe de jeunes supporters commence la construction du « Phare, dernière lumière avant l’Apocalypse ».

 

1987-1991 : tournage du film expérimental Le Débarquement Spirituel, avec Clovis Prévost assisté de Jean-Pierre Nadau. Début de la série des « encrines ». En janvier 1991, le sculpteur Josette Rispal organise une grande rétrospective Chomo à Milly-la-Forêt, pour fêter ses 84 ans. Nombreux reportages, article sur Chomo dans Raw Vision, la revue internationale de l’art visionnaire.

 

1991-1999 : Denise Lasbraunias, infirmière de Périgueux, vient partager la vie de Chomo à Achères-la-Forêt. Remariage de Chomo. Série de dessins représentant des Mutants, découverte du « vibrationnisme » et de l’« art cellulaire ». Dissolution de la Fondation Chomo. Le samedi 19 juin 1999, décès de Chomo à l’âge de 92 ans. 

 

 

 

Les agrandissements photographiques au sein de l’exposition ont été réalisés par la société APPUI IMAGE

 

 

62, rue Davout – 75020 Paris

Tél. : 01 44 64 86 45

 www.appui-image.com 

 

 

 


 

Marie MOREL
10 septembre 2009 – 7 mars 2010



 

Les trois personnes de l’espace

 

Marie Morel est un des plus grands peintres vivants. J’ai beaucoup appris d’elle. J’ai travaillé avec elle sur un grand tableau de six mètres qui fut intitulé « Louise Michel ». Matisse se posait la question : Comment faire pour qu’il n’y ait pas un déséquilibre entre les points faibles de la toile et les points forts, entre des régions puissantes et des fonds vides, entre ce qui s’élève et ce qui s’efface, soudain rejeté dans l’ombre de ce qui s’élève ? Pour que quelque chose surgisse avec densité, ne faut-il pas que quelque chose, à côté, nécessairement s’affaiblisse ? La réponse de Marie Morel est la saturation de tous les points sur la surface dans une marqueterie de scènes intenses. La scène sexuelle représentée en 6.20 est aussi puissamment peinte et aussi bouleversante que celle située en 27.8. Or ni l’une ni l’autre ne sont connaissables panoramiquement. Mais Marie Morel a poussé le problème que se posait Matisse plus loin encore : elle a ajouté au problème du déséquilibre des points faibles et des points forts sur la surface de la peinture le problème du déséquilibre des trois points de vue dans l’espace que la vision de la peinture requiert. Freud disait : il y a deux positions, fort et da. Ailleurs ou là. Absent ou présent. Mort ou vivant. L’art es tout entier dans ce jeu terrible qui joue entre le perdu et l’apparaissant. Mais Humboldt disait : il y a trois positions dans l’espace : hier, da, dort. Ici, là, loin. De ces trois positions dans l’espace dérivent les trois personnes dans la langue : je, tu, il. Par exemple en peinture Je, c’est le nez sur la toile lorsqu’on peint. Tu, le visage ou le buste à mi distance quand on regarde. Il, le corps inconnu qui pousse la porte et aperçoit de très loin la toile.

J’évoque le mouvement incessant du peintre dans l’atelier cherchant l’impossible encablure, l’introuvable vol d’oiseau, l’inexistante « bonne distance » vis-à-vis du chevalet qui supporte la peinture.

Marie Morel associe les trois personnes aux trois positions.

De tout près c’est je, c’est hier, c’est ici. C’est pour ainsi dire le monde interne. C’est le labyrinthe où la mosaïque incruste ses scènes et inscrit se noms. C’est le livre ; Ici, on peut lire les phrases écrites. Ici, on peut entrer à l’intérieur du cadre de chaque saynète.

A mi distance c’est tu, c’est da, c’est là, en face. C’est l’ensemble des couleurs, l’équilibre des formes. C’est le tout se donnant d’assez près pour saisir l’ensemble et percevoir la nature de son contenu (mais plus assez près pour subir l’ascendant de chaque scène sexuelle, plus assez près pour pouvoir lire les mots qui entourent les figures qu’immobilise le désir au sein de chaque petit encadrement de branches mortes).

De loin, c’est il, c’est dort, c’est là-bas, surgissant dans le loin, à partir du loin. Ce sont les grands monochromes abstraits que j’admire tant, c’est la futaie, architecture où l’image se cache, prédateur à l’aguet, autre inconnaissable sur le point de bondir.

Voilà la triple avancée qui me subjugue à chaque fois dans les peintures de Marie Morel.

J’appelle « peintures de Marie Morel » tous les grands formats dès l’instant où ils sont exposés dans l’espace qui est nécessaire aux trois visions. (...)

 

Pascal QUIGNARD, 2009
Extrait du texte, livre–catalogue Marie Morel

 

        
 Les oiseaux dans les arbres, 194 cm x 284 cm, 2002                      Le reflet des oiseaux dans l'eau, détail, 2003

 Eléments biographiques

Marie Morel est née le 3 septembre 1954 à Paris. Sa mère est peintre et architecte, son père est écrivain et éditeur ; dès l’enfance, Marie dessine, peint, écrit, tout naturellement dans ce terreau familial ; elle ne s’arrêtera jamais plus.

En 1962, la famille s’installe dans un hameau très isolé, « le Jas », dans les Alpes de Haute-Provence, où ses parents installent leur maison d’édition. Le climat familial est d’une grande richesse intellectuelle et artistique, avec beaucoup de rencontres et d’ouverture sur l’art, la littérature, la musique… Marie grandit dans une vie de création et de liberté, tout simplement. Le contact avec la nature est très important.

A 9 ans, ses parents l’amènent à la Biennale de peinture à Venise ; en sortant de là, Marie déclare qu’elle sera peintre.

Vers 12 ans, Marie découvre la musique avec passion. Elle jouera de la flûte traversière et du piano ; par la suite, elle essaiera le violoncelle, l’accordéon et la batterie. Elle prend aussi plaisir à faire du plongeon acrobatique et du ski, mais la plupart de son temps se passe à peindre, à écrire et à réfléchir.

Marie entre à l’école nationale du cirque à Paris ; en même temps, elle va au conservatoire de musique, car ses parents refusent qu’elle entre à l’école des Beaux-Arts (« elle avait déjà tout ce qu’il fallait » disaient-ils, « ils auraient pu l’abîmer ! ») ; elle continue à peindre et à dessiner en même temps ; et fait sa première exposition en 1977.

A 20 ans, Marie décide de faire essentiellement de la peinture, elle expose son travail de plus en plus.

Elle publie, parallèlement à son travail de peintre, une petite revue d’art : « Regard », consacrée aux peintres et aux artistes qu’elle aime.

Elle vit et travaille, depuis 1988, dans un petit village calme et isolé, dans les monts du Valromey.

 

   
L’émotion de ta vie                                        La liberté des femmes (détail), 2000

 

PUBLICATION

Livre - Catalogue Marie Morel. septembre 2009, textes de :

Pascal QUIGNARD : Les trois personnes de l’espace.

Pierre BOURGEADE : Sois libre.

Daniel MARCHESSEAU : La passion du partage.

 

 

EXPOSITIONS MARIE MOREL

 

En parallèle à l’exposition à la Halle Saint Pierre Marie Morel exposera à la :

 

Galerie Béatrice Soulié

du 6 décembre 2009 au 9 janvier 2010

Le vernissage aura lieu l’après midi du dimanche 6 décembre 2009

21, rue Guénégaud, 75006 Paris

 

 

Site Internet Marie Morel : http://www.mariemorel.net/

 

 

 


INFO LEGALES CONTACT NOUS SOUTENONS

WSDiffusion Halle Saint Pierre - 2 rue Ronsard - 75018 PARIS - France - Tel. +33 (0)1 42 58 72 89
Horaires : tous les jours, de 10h à 18h