Conversation poétique

Trois poètes vont lire, débattre et signer leur livre :
Isabelle Lévesque, Chemin des centaurées
Sylvie Fabre G., Pays perdu d’avance
Pierre Dhainaut, Après
Samedi 12 octobre 2019 à 15 heures – entrée libre
Réservation conseillée : 01 42 58 72 89
Halle Saint Pierre – à l’auditorium
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Avec ce nouveau recueil, Isabelle Lévesque poursuit sa quête du lien homme-amour-nature. Chemin des centaurées est une longue promenade dans la campagne durant un long printemps, de mars jusqu’au solstice d’été. La campagne, ses herbes, ses fleurs, ses chemins, ses arbres, ses ciels, ses pluies, font naître la pensée — « Seules les pensées qu’on a en marchant valent quelque chose », écrivait Nietzsche.

Le jour ne cesse de paraître,
que cherche-t-il ici ?

Les branches penchées ne se relèvent pas.
Il faut traverser.

Sauras-tu renaître à ce murmure ?

C’est l’aube de la vie, Isabelle Lévesque ressent chaque matin de cette longue saison comme un renouveau, des renaissances, elle craint la nuit, l’obscurité, la sombre lumière, la poésie c’est la lumière : « Dis encore, dis plus fort, que la nuit n’est tombée qu’un instant. » Marcher sur le chemin des centaurées, c’est aller à la rencontre de nous-mêmes : « Courons, derrière le vent, courons ! »

Soyons éphémères et secrets,
allongeons sans fin l’ombre et l’or du cœur serré,
sans regret du passé rompu.
Le jour attend.

La poète invite le lecteur à fouler de tels chemins, et franchir les ponts qui comme une tapisserie, retisserons nos liens avec nous-mêmes, ce nous caché, qui est, dans Chemin des centaurées, un, l’autre et tous.

Les remarquables peintures de Fabrice Rebeyrolle ont su capturer, sur les chemins, les centaurées des poèmes.


Avec Pays perdu d’avance, Sylvie Fabre G. a porté son écriture dans ce qu’elle appelle un « registre lyrique ». Ce tournant, ou plutôt ce passage exceptionnel vers une écriture plus classique s’est imposé à elle avec la disparition de sa mère. En relatant des moments de son enfance, la poète retourne aux sources de l’enfance, et aussi, et surtout, aux sources de sa poésie. Les thèmes de Pays perdu d’avance retrouvent les grandes images et figures fondatrices de la vie et de son œuvre.
« Sans doute reviens-je aux racines réelles et irréelles de la langue, nous dit Sylvie Fabre G., celles qui constituent la mienne en particulier. Le texte est aussi traversé par le souffle des lectures de certains poètes. Le rapport à la mort et à l’origine, les exils, l’amour et la douleur l’habitent aussi. »

Les poèmes qui composent Après, les notes comme le précise l’auteur, Pierre Dhainaut, tentent de restituer l’expérience intérieure de son séjour en hôpital.
Il lui aura fallu attendre plusieurs semaines après sa sortie pour se remettre à écrire, pour se réapproprier le langage, en rédigeant ces notes, avant que la poésie lui soit à nouveau possible.« Sur le coup, ai-je pensé à la poésie ? demande Pierre Dhainaut. Cette question, en d’autres temps, m’aurait paru inconvenante. La place qui était la sienne, la première, fut soudain et pour longtemps inexistante ou presque : avec le recul il me faut remettre en cause ce en quoi j’avais cru. Pourquoi accorder tant d’importance à la poésie si dans les circonstances les plus rudes elle n’offre aucune aide ou pire, si l’on ne songe pas à lui en réclamer une ? »
Après est peut-être sa réponse à sa question.

Les vents ont fui, les mots ont fui, la voix
n’a plus que la force en ce lieu
comme en ce temps de si peu de place
ou de si peu d’heures, de constater
son impuissance, elle n’ira pas au-delà :
nous la raffermirons sans savoir quoi dire
en prenant sur nous de nous tourner
vers la muraille et la fenêtre obscure,
nous pressentirons qu’il n’y a aucune impasse,
mais qu’un poème attend que les mots lui reviennent
avec les vents qui feuillettent les pages
du livre imprévisible…