[RENCONTRE / LECTURE]

 Les anges aiment nos pleurs,
de cette rosée avides

 Une rencontre autour des poèmes dédiés aux anges
de Rainer Maria Rilke (1875-1926)

Lecture en français par la comédienne Sarah Jalabert,
Lecture en allemand et mise en musique par la violoncelliste et chanteuse Birgit Yew von Keller ;
présentation par Jean-Philippe de Tonnac.

Dimanche 18 novembre à 15 heures – entrée libre

Halle Saint-Pierre – à l’auditorium, entrée libre
Réservation conseillée :  01 42 58 72 89

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Quel genre d’homme Rilke a-t-il été ? Un mystique qui se servait de la poésie pour faire goûter la mélodie des choses, cette mélodie que son cœur immense lui avait fait deviner puis entendre ? L’ange dont il parlait était-il le signe d’une communication engagée avec d’autres plans du réel ? Jusqu’où montait exactement sa louange et depuis quelle profondeur du ciel parvenait-elle jusqu’à nous ? Quelle sorte de trait d’union avait-il été entre les mondes passés, présents et futurs ? Jusqu’où étaient allées sa compréhension et son adhésion à cela dont nos individualités nous tiennent séparés ? Pourquoi nous touchait-il ainsi dans ce qu’il y a en nous de plus intime ?

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Sarah Jalabert, Birgit Yew von Keller et Jean-Philippe de Tonnac vous proposent un choix des poésies dédiées aux anges, poésies qui ponctuent tout un itinéraire de vie.

Rilke est né à Prague le 4 décembre 1875 pour s’éteindre à 51 ans en Valais ayant achevé le grand cycle des Élégies. Les témoins de ce que nous ressentons comme un accomplissement ont souligné à la fois sa présence et sa discrétion. Il avait une manière particulière d’attraper vos mains, si vous étiez une femme, de vous confier sa détresse et une sorte de joie ancienne à travers son regard bleu. Il n’aimait rien tant qu’on ne parle pas de ses œuvres, qu’on célèbre plutôt ensemble la beauté et tout ce qui méritait de l’être ; la tâche excédait toute louange. De lui ses amoureuses, ses amis dirent qu’il rendait tout présent – comme si tout ce qu’il y a de plus sauvage, de plus secret et qui à nous se dérobe sans cesse, acceptait de venir dans son regard.

Depuis les poèmes de jeunesse jusqu’aux poèmes français écrits dans le Valais, l’ange traverse l’œuvre de Rilke. Il l’a hante. L’ange n’est pas pour Rilke médiateur, ni protecteur. Il porte en lui le sens ultime du travail que le poète et que tout homme doit accomplir sur cette terre : transformer tout le Visible en Invisible, cette pure essence dont il nous transmet l’infinie et « terrible » lumière. L’ange est le modèle et le guide. Il est celui chez qui la transformation du Visible en Invisible à quoi nous nous employons apparaît comme déjà accomplie. « Nous sommes les abeilles de l’Invisible, écrit Rilke à son traducteur polonais Witold von Hulewicz. Nous butinons éperdument le miel du visible, pour l’accumuler dans la grande ruche d’or de l’Invisible. (…) Nous sommes, nous, ces transformateurs de la terre, toute notre existence, les vols et les chutes de notre amour, tout nous qualifie pour cette tâche (à côté de laquelle il n’en est aucune, essentiellement qui tienne). »

Les poèmes sont extraits du recueil Rainer Maria Rilke, Célèbre la terre pour l’ange – anthologie, traduction de l’allemand par Jeanne Wagner, introduction de Jean-Philippe de Tonnac, Albin Michel, novembre 2018.

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Notices biographiques

Jean-Philippe de Tonnac                      © Arnaud du Boistesselin

Jean-Philippe de Tonnac est romancier et essayiste. En 2008, pour les 100 ans de la naissance de René Daumal, il a organisé avec Basarab Nicolescu à la Halle Saint-Pierre quinze jours de rencontres autour de l’auteur du Mont Analogue, du « phrère » de Roger Gilbert-Lecomte et de l’élève d’Alexandre de Salzmann. Il est l’auteur notamment de René Daumal, l’archange (Grasset, 1998). Son roman Azyme chez Actes Sud a obtenu le prix Écritures et Spiritualités 2017. Il signe l’introduction à l’anthologie de l’ange de Rainer Maria Rilke qui paraît cet automne (Célèbre la terre pour l’ange, Albin Michel). Il enseigne au Cordon Bleu et à l’Institut des Hautes Etudes du Goût l’histoire et la symbolique du pain et de ses métiers. Il collabore régulièrement au Monde des Religions.

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Sarah Jalabert                                        © Olga Caldas

Sarah Jalabert est comédienne, lectrice publique et radiophonique, et auteure.
La voix de l’écriture l’a patiemment (re)conduite vers la voix parlée, celle qui  inclut le temps du silence où se féconde l’écoute. Elle crée des lectures-concerts où rencontrer la musique, telles la dernière en date : Histoire qui se déchire sur le corps d’une femme d’après le poème d’Adonis, invité d’honneur aux Rencontres « Les Porteurs de Mots » chez Lily-Germ (Hautes-Pyrénées), avec le musicien Alexis Kowalczewski.
Elle a publié plusieurs récits aux éditions de l’Âge d’Homme, dont le dernier : Celui qui ouvre, et une récente nouvelle, également en version audio : Héloïse aux éditions en ligne 15k.fr.

Sarah Jalabert a déjà approché l’oeuvre de Rilke en interprétant tour à tour différentes femmes de sa vie (Paula Modersohn-Becker, Lou Andreas Salomé, Clara Westhoff,…) dans un montage de textes intitulé Vers l’Ange réalisé par Michel Itty pour le colloque de Cerisy-la-Salle, et avec pour partenaire dans le rôle de Rilke le comédien Redjep Mitrovitsa, et dont une répétition eut lieu à la Villa des Brillants, chez Rodin, à Meudon.

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Birgit Yew von Keller                        © Charlotte Létrillard

Birgit Yew von Keller, violoncelliste chanteuse à la voix cristal et compositrice, est né dans un milieu musical, où elle a appris la flûte à bec à 5 ans, le violoncelle, son instrument choisi par affinité de « fibre sonore », à 10 ans. Après des médailles au conservatoire, une licence en littérature allemande et une maîtrise en théologie, des expériences en orchestres classiques, notamment à l’Opéra de Rouen, elle a suivi la musique de son cœur et s’est dirigée vers la composition et l’arrangement des airs celtes, très proches de son univers personnel. Un CD est issu de ces recherches : The Bright Black Rose. De plus en plus, elle développe la « magie » du son, sa texture, ses climats, son étoffe et les ressentis inexprimables par les mots, qu’il est capable de « dire ». Tout en enseignant le jeu du violoncelle, elle met ses sons et créations musicales ou sonores expérimentales au service de ses concerts en solo ou petit groupe, du film d’auteur (La Neige est Blanche , Les Mains Courageuses dans le Chaos de Temps,  Sherlock Holmes , La Chair … pour Arte ou TV5), du bien-être et de la mindfulness (The Life Song), de la poésie avec le poète Parhal, des contes avec le chercheur en linguistique Patrick Caudal, etc. Elle a participé pendant plusieurs années aux spectacles littéraires du Scribe l’Harmattan à Paris, à des vernissages et événements comme à la Galerie 24B, aux rencontres « #parcoeur » de Jean-Philippe de Tonnac et travaille actuellement sur un projet de lecture mise en film avec l’auteur Andreas Becker et le cinéaste Jean-Denis Bonan.