Alexis Gallissaires

Alexis Gallissaires
Jour Blanc
Editions Allia, mars 2018

Samedi 26 mai à 15 heures – entrée libre

Halle Saint Pierre – à l’auditorium
Réservation conseillée : 01 42 58 72 89


Leporello — Dessins au crayon. 70 pages — 30 €

‘‘Il y a près de 4 ans, je songeais à un nouveau projet mêlant mes dessins à mes écrits. Depuis Jimmy, mon travail avait beaucoup évolué. Mes envies aussi avaient changé. À l’époque, mes dessins étaient représentés en galerie. Pourtant, je me sentais encore incomplet. J’ai commencé à rassembler mes idées et les images affluaient naturellement. Cependant, ces visions étaient martelées par le tambour des pages. Je voulais dessiner une rivière mais toutes mes intentions étaient conditionnées par la structure du cahier et les coups de poignards de ses pages. Je cherchais en vain, ma foi en mon travail s’épuisait. J’ai souvent pensé abandonner, m’avouer vaincu. Une nuit j’ai décidé d’arrêter et d’enterrer ce rêve de fleuve.

  

J’étais presque heureux. Mon livre était mort, mon avenir aussi. Parfois l’inconfort a ce talent de changer notre regard sur ce qui nous entoure. Quand j’ai vu cette longue table, je ne sais ce qui m’a fait l’envisager autrement, mais elle est apparue comme ma solution. Mon livre est devenu possible. Immédiatement, son hérédité fut révélée. J’ai revu la tapisserie de Bayeux, la colonne Trajan. J’ai repensé aux rouleaux de la Torah, aux codex mayas, aux fresques et bas-reliefs antiques. Je devais revenir à l’origine de la narration, aux bêtes noires et rouges sur les parois des cavernes. Je devais désapprendre le livre. Il me fallait être inculte.

 

J’ai commencé à dessiner et à écrire en même temps. C’était évident. J’étais heureux, au milieu de nulle part, à ma place. Je n’avais pas peur. Je savais que le papier savait tout, qu’entre les irrégularités du grain s’allongeaient déjà tous les dénouements.

Je voulais que les dessins soient l’inconscient du texte. Le seul bégaiement qu’il m’importait de montrer était celui de l’obsession. J’imaginais cet ‘éternel retour’. Dans ses répétitions seulement, l’avenir et le passé pourraient enfin mourir et ne plus jamais montrer que la paisible certitude du jour blanc. Je voulais dire combien la liberté est une
épreuve, combien la contrainte peut être un refuge.

Du deuil de cet ouvrage est né ce livre. Aujourd’hui, je ne m’en étonne plus. La mort est le berceau de chaque vie. La matière est en permanence recyclée comme dans un jeu de construction. Je voulais témoigner de ces métamorphoses et j’ai construit cet ouvrage comme une boucle. Dans ses rondeurs tournent les miracles de la réincarnation.

Jour blanc est un objet unique que nous voulions pourtant rendre accessible au plus grand nombre. Chaque instant de sa production fut un défi technique. Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que le format du livre traditionnel a complètement découragé toutes les autres formes primitives de narration. Elles ont dû s’expatrier et tenter d’exister malgré tout dans la marginalité. Le ‘livre’ est un objet sacré. C’est un lieu de savoir, de liberté et d’émancipation. Il affranchit. Mais paradoxalement, l’intelligence et l’évidence de sa structure ont aussi invalidé toutes les autres possibilités. Ce faisant, ce classicisme formate aussi la pensée et la création. Une des lois fondamentales de la théorie de l’évolution veut que la contrainte engendre l’invention de réponses adaptatives. Jour blanc est le fruit de cet instinct.’’

Alexis Gallissaires

Jour blanc est une expérience sensuelle. Un voyage vertigineux de 16,10 mètres à dérouler, à déplier… Sa forme fut décidée par sa seule fonction, celle du métissage. Son format s’est imposé naturellement, il a même rendu ce projet possible. Dans cette frise organisée comme une boucle, les dessins n’ont pas pour vocation d’illustrer ou de répéter les mots. Non, ils sont davantage leurs rêves ou leurs cauchemars. Idéalement, il faudrait appréhender l’image comme ‘‘l’inconscient’’ de l’histoire, non comme son miroir. D’ailleurs, il n’y a pas des images mais une seule image qui mime tantôt le récit quand elle s’en souvient, tantôt le prédit.

‘‘Dans la chambre de Paul, tout est parfait. Tout est ordonné. Rien n’est inattendu et rien ne jure. Chaque relief a été effacé, même ceux qui ailleurs séparent encore les jours des nuits. Dans cette chambre, le temps bégaye, la symétrie d’un seul et unique moment. Cette monotonie, Paul l’entretient scrupuleusement car rien ne doit la briser. Alors il doit rester vigilant, il sait que la perfection exige des sacrifices. Après tout, chaque utopie est aussi une aliénation. Oui, entre ces murs, Paul a fondé une société idéale, entièrement dévouée à un seul objectif, un territoire où l’unique loi est celle de la perpétuelle égalité. C’est certain, Paul a créé un monde parfait, à ceci près, peut-être, que, dans ce monde, tout est faux. Mais, après tout, chaque rêve n’est-il pas aussi une hallucination ?’’

 

Alexis Gallissaires est né en l’an de grâce 1980 à Perpignan, une charmante bourgade nichée entre les Pyrénées et la Méditerranée.
En 2005, il a illustré le deuxième roman d’Oliver Rohe, Terrain Vague (Allia).
Son premier livre, Jimmy, est paru en 2006 (Allia). Par la suite, son travail a été présenté
par la galerie Alfa (Drawing Now, Armory Show et Art Paris).
Il a aussi collaboré à plusieurs revues et magazines (Inculte, Feuilleton, Technikart ou encore Transfuge).

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